Le Lesotho scelle un accord historique avec Convalt Energy pour développer son potentiel hydroélectrique et numérique.
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La montée de l’intelligence artificielle transforme l’électricité en facteur clé de compétitivité industrielle. Les centres de données s’installent désormais là où l’énergie est abondante, stable et bas carbone, redessinant la carte mondiale des infrastructures numériques.
Le Lesotho a signé le jeudi 4 juin un protocole d’accord contraignant avec le groupe américain Convalt Energy pour le développement du projet Kobong, combinant 1 200 MW de capacité hydroélectrique et un centre de données dédié à l’intelligence artificielle. L’investissement est évalué à 6,2 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros), soit près de trois fois le PIB du pays estimé à 2,3 milliards de dollars. L’accord constitue le plus important engagement d’investissement étranger de l’histoire du Lesotho.
Une logique d’intégration entre énergie et puissance de calcul
Le projet Kobong repose sur une logique d’intégration entre production d’électricité et infrastructure de calcul dédiée à l’intelligence artificielle, dans un contexte où l’énergie devient un facteur déterminant de localisation des capacités numériques.
Les centres de données figurent parmi les infrastructures les plus consommatrices d’électricité et leur développement est de plus en plus contraint par la disponibilité d’une énergie stable et continue, notamment pour les usages liés à l’IA générative et aux modèles de grande taille. Dans ce cadre, l’hydroélectricité constitue un avantage structurel en raison de son caractère renouvelable, de sa faible variabilité et de sa capacité à fournir une production régulière.
Le projet vise ainsi à adosser une capacité énergétique importante à une infrastructure numérique orientée vers les marchés mondiaux du calcul.
Un changement d’échelle dans un système électrique contraint
Le système électrique du Lesotho repose aujourd’hui principalement sur la centrale hydroélectrique de Muela d’une capacité de 72 MW et la centrale solaire de Ramarothole de 30 MW. Cette production reste insuffisante pour couvrir une demande de pointe évaluée à 160 MW, ce qui contraint le pays à importer une part importante de son électricité depuis l’Afrique du Sud et le Mozambique via le Pool électrique d’Afrique australe.
Dans ce contexte, l’ajout de 1 200 MW représente un changement d’échelle majeur, supérieur de plus de dix fois à la capacité actuelle du pays et bien audelà de ses besoins internes, ouvrant la possibilité d’un excédent énergétique destiné à l’exportation.
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Cette transformation potentielle intervient dans un contexte régional marqué par des déséquilibres énergétiques persistants et des contraintes sur les réseaux électriques, notamment en Afrique australe où la demande continue de croître plus vite que les capacités de production.
Elle s’inscrit également dans une dynamique mondiale de forte croissance des centres de données, portée par la numérisation des économies et l’essor de l’intelligence artificielle générative. Selon des projections du cabinet McKinsey publiées en novembre 2025, la demande africaine en capacité de data centers pourrait être multipliée par 3,5 à 5,5 d’ici 2030, dans une fourchette comprise entre 1,5 et 2,2 GW, sous l’effet combiné de l’adoption du cloud, de la digitalisation des administrations et de la montée en puissance des applications d’IA.
Tentative de repositionnement dans la chaîne de valeur mondiale
Cette expansion s’accompagne d’une contrainte structurelle à savoir que la consommation électrique des infrastructures numériques devient un facteur déterminant dans la localisation des investissements. Les centres de données ne sont plus uniquement des infrastructures technologiques, mais des unités industrielles fortement dépendantes de la stabilité des systèmes électriques. Ainsi, les pays capables de fournir une énergie renouvelable, stable et compétitive deviennent des zones d’attraction pour les opérateurs mondiaux du numérique.
Le Lesotho cherche à s’appuyer sur son potentiel hydroélectrique pour transformer une ressource naturelle en production d’électricité, puis cette électricité en capacité de calcul intégrée aux chaînes de valeur de l’intelligence artificielle.
Le projet Kobong dépasse ainsi la logique d’un investissement énergétique classique et s’inscrit dans une tentative de repositionnement structurel du pays dans l’économie mondiale des infrastructures numériques, où l’énergie et la puissance de calcul deviennent de plus en plus interdépendantes et stratégiques pour l’organisation des chaînes de valeur mondiales.