En crise, l’Afrique du Sud veut faire de ses ressources minières un levier de réindustrialisation

Pretoria veut aller au-delà de la simple exportation de minerais vers une stratégie industrielle plus ambitieuse.
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Pretoria veut aller au-delà de la simple exportation de minerais vers une stratégie industrielle plus ambitieuse.
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L’Afrique du Sud ne veut plus seulement extraire ses minerais. Elle veut s’en servir pour reconstruire une partie de son appareil industriel. C’est l’un des principaux messages de la Stratégie de développement industriel 2026 publiée plus tôt ce mois par le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence.
Le document propose de lier l’attribution préférentielle de certains droits et licences minières à des engagements de transformation locale. Autrement dit, l’accès aux ressources pourrait être davantage conditionné à la capacité des entreprises à investir dans des activités situées après l’extraction, comme le traitement, le raffinage, la fabrication de composants ou le développement de chaînes de valeur locales.
Dans le détail, les autorités sud-africaines présentent les minerais utilisés dans les véhicules électriques, les batteries, les énergies renouvelables ou les technologies bas carbone comme un terrain sur lequel le pays peut encore jouer un rôle important. Le texte cite notamment le lithium, le cobalt, le cuivre, le manganèse, les métaux du groupe platine, le chrome et d’autres intrants nécessaires aux technologies d’énergie propre.
Cette orientation intervient dans un contexte difficile. Le document officiel décrit une économie confrontée à une désindustrialisation progressive, à une faible croissance, à une baisse des capacités industrielles et à un recul des investissements dans les secteurs productifs. Il rappelle également que l’Afrique du Sud reste dépendante des exportations de produits miniers et agricoles bruts, plus exposées aux cycles de prix que les biens transformés.
Au-delà de cette pression domestique, Pretoria tente aussi de répondre aux transformations en cours dans l’économie mondiale. La transition énergétique augmente la demande pour certains minerais, mais elle pousse aussi les pays producteurs à s’adapter au durcissement des exigences de leurs partenaires commerciaux. Pour l’Afrique du Sud, l’enjeu consiste à rester présente dans les chaînes d’approvisionnement mondiales tout en évitant de se limiter à l’exportation de matières premières brutes.
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L’Afrique du Sud dispose d’atouts que peu de pays africains engagés dans la même dynamique peuvent réunir au même niveau. Son secteur minier a façonné son économie moderne. L’or, le charbon, le platine, le chrome, le manganèse et le minerai de fer ont longtemps soutenu les exportations, les recettes publiques, l’emploi et le développement d’activités industrielles connexes. Le pays conserve également une base de compétences dans l’ingénierie, la métallurgie, les services miniers, les équipements et la finance.
Cette profondeur industrielle explique pourquoi Pretoria peut envisager une stratégie plus ambitieuse que la simple exportation de minerais. Elle ne garantit toutefois pas le succès de la nouvelle politique. La transformation locale suppose des investissements lourds, des infrastructures fiables, une énergie compétitive et une coordination efficace entre plusieurs administrations.
La question énergétique reste l’un des principaux obstacles. Les industriels sud-africains ont été fragilisés pendant des années par les coupures de courant, les hausses de coûts et l’incertitude sur l’approvisionnement. Or les activités de transformation minière, comme le raffinage, la métallurgie ou les fonderies, exigent une électricité abondante, stable et abordable. Le pays devra aussi démontrer que son système logistique, notamment les ports, le rail et les corridors de transport, peut accompagner ses ambitions industrielles.
Une autre interrogation porte sur la capacité du pays à rallier les entreprises et investisseurs à sa cause. Conditionner davantage l’accès aux ressources peut permettre de créer plus de valeur locale si les règles sont claires, progressives et prévisibles. Mais une contrainte mal calibrée peut aussi être perçue comme un risque par les entreprises, surtout dans une industrie où les décisions d’investissement se prennent sur plusieurs décennies et mobilisent des capitaux importants.
En attendant de voir quel équilibre Pretoria trouvera entre exigence de transformation locale et maintien de l’attractivité minière, l’urgence est déjà visible en matière de compétitivité. Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) publié en mai 2026, le Maroc a devancé l’Afrique du Sud dans le classement des pays les plus industrialisés du continent.
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