Les autorités zimbabwéennes actent un changement majeur dans un pays où la relation à la monnaie est marquée par des décennies de crises financières et d’instabilité.
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Marqué par des crises monétaires depuis l’hyperinflation des années 2000, le Zimbabwe a vu les cryptomonnaies se développer hors cadre officiel. Entre restrictions passées et essor des usages en Afrique, le pays ajuste sa stratégie pour encadrer
Longtemps marginalisées et cantonnées aux circuits informels, les cryptomonnaies entrent dans une nouvelle phase au Zimbabwe, avec la mise en place d’un cadre réglementaire officiel. L’annonce a été faite le vendredi 12 juin par le ministre des Finances, Mthuli Ncube.
En imposant l’enregistrement obligatoire des prestataires de services sur actifs numériques, les autorités ne se contentent pas de formaliser un secteur en croissance. Elles actent surtout un changement de doctrine dans un pays où la relation à la monnaie a été profondément bouleversée par des décennies de crises financières, d’instabilité et d’expérimentations successives.
Le nouveau dispositif prévoit que les entreprises intervenant dans l’achat, la vente, le transfert ou la conservation de cryptomonnaies doivent désormais s’enregistrer chaque année auprès de la Financial Intelligence Unit (FIU), la cellule de renseignement financier rattachée à la banque centrale, moyennant une redevance annuelle de 500 dollars. Cette autorisation place les acteurs du secteur sous supervision directe en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux.
Toute activité exercée sans enregistrement est désormais considérée comme une infraction. Il s’agit du premier dispositif réglementaire spécifiquement dédié aux prestataires de services sur actifs virtuels dans le pays.
Des déséquilibres monétaires persistants
Cette évolution marque une rupture avec une période où ce segment s’est développé en dehors de toute reconnaissance officielle. Pour comprendre ce basculement, il faut revenir aux fragilités structurelles de l’économie zimbabwéenne. Après l’hyperinflation de la fin des années 2000, qui a conduit à l’abandon du dollar zimbabwéen en 2009 au profit d’un système multidevises dominé par le dollar américain, le pays n’a pas retrouvé de stabilité monétaire durable. Les tensions de liquidité, les pénuries de devises et les restrictions sur les retraits bancaires ont progressivement nourri une défiance vis-à-vis du système financier formel.
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C’est dans ce contexte que l'usage des cryptomonnaies, et en particulier du bitcoin, a commencé à progresser chez une partie de la population en quête d'alternatives face aux tensions monétaires. A partir du milieu des années 2010, dans un environnement marqué par une nouvelle phase d’incertitude économique et politique, les actifs numériques ont été perçus comme une réserve de valeur indépendante des politiques monétaires nationales. Sur certaines plateformes locales, les cours observés s’écartaient fortement des prix internationaux, traduisant une demande alimentée autant par la spéculation que par la recherche de protection contre la dépréciation des monnaies utilisées dans le pays.
Face à cette dynamique, les autorités ont d’abord adopté une position restrictive. En 2018, les institutions financières ont été interdites de toute implication dans les activités liées aux cryptomonnaies. Cette mesure n’a toutefois pas freiné le développement du marché. Les échanges se sont simplement déplacés vers des canaux informels, notamment les plateformes de gré à gré et les réseaux sociaux, où ils ont continué à se développer en dehors de tout contrôle direct de l’État.
Au début des années 2020, un ajustement progressif de la stratégie publique a commencé à se dessiner. En 2023, la banque centrale a introduit des jetons numériques adossés à l’or, conçus comme un instrument de stabilisation et de préservation de la valeur dans un contexte de forte inflation et de pression persistante sur la monnaie nationale. Cette initiative traduisait déjà une évolution de posture : plutôt que de rejeter les innovations numériques, les autorités ont cherché à en proposer une version contrôlée et adossée à des actifs tangibles.
Cette orientation n’a toutefois pas mis fin aux débats sur la politique monétaire du pays. Plusieurs institutions internationales, dont le Fonds monétaire international, ont souligné les limites d’une telle approche, estimant que les défis structurels du marché des changes nécessitaient des réformes plus profondes, notamment en matière de libéralisation et de discipline macroéconomique.
Vers un encadrement formel des actifs numériques
La réglementation annoncée aujourd’hui s’inscrit donc dans une continuité : après l’interdiction, puis l’expérimentation d’alternatives numériques souveraines, le Zimbabwe opte désormais pour l’encadrement des acteurs privés. Ce choix reflète une reconnaissance implicite de la place prise par les cryptomonnaies dans l’économie réelle, notamment dans les paiements transfrontaliers et les transferts de la diaspora.
Cette évolution survient dans un contexte international marqué par un durcissement progressif des règles encadrant les actifs numériques, à la suite de plusieurs crises dans le secteur et de préoccupations croissantes liées au blanchiment et à la stabilité financière. En Afrique, la tendance est similaire, mais elle accompagne une adoption rapide des usages. Les volumes de transactions sur le continent ont fortement augmenté ces dernières années, portés par des besoins structurels en matière de transferts de fonds, d’accès aux devises et de solutions de paiement alternatives.
Dans le pays, les coûts élevés des canaux bancaires traditionnels pour les envois d’argent constituent un facteur clé de cette adoption. Pour de nombreux utilisateurs, les cryptomonnaies représentent une solution plus accessible pour réduire certaines contraintes liées aux circuits financiers traditionnels. Dans ce contexte, l’enjeu pour les autorités est désormais d’intégrer une activité devenue significative sans fragiliser davantage le système financier, et de capter une partie des flux afin d’en assurer la traçabilité.
Pour les acteurs du secteur, cette régulation ouvre la perspective d’une reconnaissance officielle, mais aussi d’un encadrement plus strict. Elle illustre enfin une évolution plus large en Afrique, où les États ne cherchent plus seulement à contenir les cryptomonnaies, mais à les organiser au sein de cadres juridiques structurés.