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La Tribune Afrique

Internet par satellite : la Mauritanie ouvre son marché, les ressorts d’un choix stratégique

Photo de Muriel Edjo

Muriel Edjo, Agence Ecofin

Publié le 28 janvier 2026 à 16:57

En Mauritanie, 62,7% de la population peine encore à accéder à Internet, en raison d’une couverture insuffisante ou de mauvaise qualité.

En Mauritanie, 62,7% de la population peine encore à accéder à Internet, en raison d’une couverture insuffisante ou de mauvaise qualité.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juin 2026

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Selon la Banque mondiale, l’accès à Internet est désormais considéré comme un besoin de première nécessité, avec un impact direct et positif sur le produit intérieur brut. La Mauritanie, qui se projette sur une trajectoire de forte croissance à l’horizon 2030, entend bien tirer parti de ce levier de développement.

La Mauritanie amorce un nouveau tournant dans sa stratégie de connectivité. L’Autorité de régulation (ARE) a annoncé, le 22 janvier dernier, le lancement d’un appel d’offres international pour l’attribution de licences destinées à la fourniture de services de communications électroniques par satellite.

Le régulateur prévoit l’octroi de deux lots répondant à des logiques distinctes. Le premier s’adresse aux entreprises exploitant exclusivement des systèmes satellitaires en orbite géostationnaire (GEO), avec pour objectif la fourniture directe de services mobiles — voix et données — au grand public. Le second lot concerne la commercialisation de capacités satellitaires à destination d’opérateurs télécoms ainsi que d’entités publiques et privées, sans fourniture directe de services aux utilisateurs finaux. Ce schéma intermédiaire vise à approvisionner le marché en bande passante et à permettre à des acteurs locaux d’agréger et de redistribuer la connectivité.

Un impératif de couverture et de qualité de service

La décision de l’ARE répond d’abord à un objectif central : améliorer l’accès d’une plus grande partie de la population à un Internet de qualité, pilier de la nouvelle économie. La connectivité satellitaire apparaît, dans ce contexte, comme un moyen de lever l’obstacle du « dernier kilomètre ». Le déploiement de réseaux terrestres dans les zones faiblement peuplées nécessite en effet des investissements lourds et des délais importants. À l’inverse, le satellite permet un accès plus rapide aux zones enclavées, en concentrant l’effort sur les terminaux et leur installation.

Dans son « ICT Development Index 2025 Report », l’Union internationale des télécommunications (UIT) indique que la Mauritanie affichait un taux de couverture 4G de 73 %, contre 43,9 % pour la 3G. Malgré un taux de pénétration du haut débit mobile de 59,8 %, seuls 37,4 % des habitants utilisaient effectivement Internet. Les 62,6 % restants demeuraient freinés par une couverture réseau inexistante ou de mauvaise qualité.

Au-delà de la couverture, le régulateur vise également une amélioration tangible de la qualité de service. Depuis une dizaine d’années, le marché national est ponctué de mises en demeure et de sanctions financières à l’encontre des trois opérateurs mobiles en concurrence : Moov Mauritel (filiale de Maroc Telecom), Mattel (filiale de Tunisie Telecom) et Chinguitel (filiale de Sudatel Group). Ces opérateurs ont déjà acquitté plusieurs millions de dollars d’amendes, sans amélioration notable des performances. La dernière mise en demeure, en date de septembre 2025, faisait état de manquements aux engagements de qualité dans 62 localités et sur 11 axes routiers. Pour l’ARE, offrir une meilleure expérience client grâce au satellite pourrait contribuer à libérer tout le potentiel transformateur d’Internet, tant sur le plan économique que social.

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Un enjeu d’inclusion numérique et économique

L’État mauritanien voit également dans cette initiative un puissant levier d’inclusion numérique. À l’instar de nombreux pays africains, la Mauritanie a placé le numérique au cœur de sa stratégie de développement depuis 2020, avec un accent particulier sur la modernisation des services publics. Des investissements significatifs ont été engagés pour numériser des secteurs clés tels que la santé, l’enseignement supérieur ou encore les procédures administratives, souvent marquées par des lenteurs et des risques de corruption.

Les autorités sont toutefois conscientes qu’en l’absence d’un accès universel à un Internet de qualité, ces investissements pourraient rester largement inefficaces. Pire encore, ils risqueraient d’accentuer la fracture numérique entre les populations connectées et celles qui ne le sont pas. Internet constitue par ailleurs un facteur déterminant pour la croissance du secteur privé, notamment pour l’écosystème technologique local, dont le potentiel en matière de création d’emplois et de richesse demeure largement sous-exploité.

Reste désormais à identifier les opérateurs qui répondront à l’appel d’offres et à observer comment l’ARE arbitrera entre innovation, prix, couverture et exigences réglementaires, afin que le satellite devienne enfin un véritable accélérateur de l’inclusion numérique.

Muriel Edjo, Agence Ecofin

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