Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Ibadan a recensé 322 notifications de rejet visant des produits nigérians entre 2012 et mi‑2022 sur les marchés européens.
En Afrique, la conformité aux mesures sanitaires et phytosanitaires est devenue une véritable épreuve pour de nombreux exportateurs visant l’Europe ou les Etats-Unis. Entre rejets aux frontières, frais d’inspections et procédures chronophages, l’addition est salée.
Mi-juin, le gouvernement fédéral nigérian a inauguré à Abuja un groupe de travail technique chargé de proposer, en deux mois, un plan d’action pour réduire les refus à l’exportation liés au nonrespect des normes sanitaires, phytosanitaires et des limites de résidus. Selon les détails relayés par les médias locaux, cette task force réunit des représentants des ministères concernés, des agences de régulation, des instituts de recherche, des universités, des associations de producteurs, ainsi que les exportateurs.
Concrètement, le groupe doit formuler des mesures pour mieux encadrer l’usage des pesticides, renforcer les inspections avant exportation, améliorer la traçabilité, harmoniser les certificats phytosanitaires, et s’aligner avec les exigences des principaux marchés d'écoulement que sont l’Union européenne et le RoyaumeUni.
Un casse-tête
Comme de nombreux pays africains, le pays le plus peuplé du continent a été confronté, au cours de la dernière décennie, à plusieurs vents contraires à l'export sur les grands marchés de consommation. Avec le renforcement des exigences des consommateurs en matière de sécurité sanitaire et de traçabilité des aliments, les règles applicables aux flux de produits agroalimentaires, qu’ils soient bruts ou transformés, se sont considérablement durcies. Dans ce contexte, et face aux difficultés des acteurs locaux à se conformer à ces normes, les rejets de produits agricoles se sont multipliés.
Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Ibadan a recensé 322 notifications de rejet visant des produits nigérians entre 2012 et mi2022 sur les marchés européens (UE et RoyaumeUni), avec des alertes émanant notamment de la Belgique, de l’Allemagne, de la Grèce, de la Pologne, des PaysBas ou encore du RoyaumeUni.
Ces refus étaient principalement liés à la présence de contaminants toxiques (Salmonella), l’absence de certificats phytosanitaires et de permis d’importation, ou encore des certificats expirés. Les produits les plus souvent rejetés sur la période étaient la fleur d’hibiscus, l’arachide, les haricots, le sésame et le citron vert. Pour sa part, en 2025, l’Alliance pour l’action contre les pesticides au Nigeria (AAPN) estimait que plus de 76% des exportations du pays vers l’UE sont régulièrement rejetées pour des raisons de sécurité sanitaire, en grande partie à cause de résidus de pesticides classés « hautement dangereux » et déjà interdits dans de nombreux pays.
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Dans le seul cas des haricots, le Nigeria perdrait près de 363 millions USD (environ 312,7 millions d'euros) par an en raison du maintien de l’embargo européen et des refus liés à des dépassements de limites maximales de résidus.
Des efforts déjà en cours
Si les attentes suscitées par la nouvelle task force sont fortes dans un pays qui veut miser sur l’agriculture pour diversifier ses recettes d’exportation au-delà du pétrole, ce n’est pas la première fois que les autorités tentent de résoudre ce problème à travers des dispositifs publics ou des appuis internationaux. En 2024, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) lançait à Abuja un programme de 1,2 million USD (environ 1 million d'euros) pour améliorer la conformité aux normes internationales des exportations de sésame et de niébé.
Plus tôt en 2019, le Service nigérian de quarantaine agricole (NAQS) a révisé ses procédures en introduisant dix nouvelles directives visant à réduire les rejets, portant notamment sur les certificats phytosanitaires, la fumigation et l’inspection des lots.
En 2018, le Conseil de promotion des exportations (NEPC) avait aussi publié plusieurs lignes directrices donnant aux exportateurs une procédure formelle et simplifiée pour l’expédition de haricots secs et transformés, en conformité avec les dispositifs nationaux de qualité, de traçabilité et de sécurité sanitaire des produits destinés aux marchés internationaux.