L'usine d'engrais prévue dans l’Est de l'Ethiopie prévoit une unité d’urée de 3 millions t par an, un pipeline gazier de 110 km et une centrale électrique de 120 MW.
L'Afrique est la région du monde avec le plus faible niveau d’utilisation d'engrais. La zone, qui est également importatrice, connaît depuis quelques années une nouvelle vague de projets d’envergure pour accroître sa propre production.
L’Africa Finance Corporation (AFC) vient d'accorder une facilité de crédit de 600 millions USD (environ 516,6 millions d'euros) à Greenview Fertilizer Corp, holding du conglomérat nigérian Dangote Group dédiée aux engrais. Ce prêt servira à soutenir le programme d’expansion du groupe dans l’industrie des fertilisants, d’un coût total de 7 milliards USD (environ 6 milliards d'euros).
Implantation en Ethiopie
Au Nigeria, le groupe qui exploite déjà depuis 2021 l’un des plus grands complexes de production d’urée d’Afrique (Dangote Fertiliser), envisage faire passer sa capacité actuelle d’environ 3 millions de tonnes par an à 9 millions de tonnes. Dans ce cadre, le conglomérat a scellé en novembre dernier un accord stratégique avec l’allemand Thyssenkrupp, qui lui fournira sa technologie de granulation réputée pour sa performance énergétique et environnementale.
Quatre nouvelles unités de granulation, d’une capacité d’environ 4 235 tonnes par jour chacune, doivent ainsi être déployées à proximité des installations actuelles situées à Lekki. Cette montée en régime fera de Dangote Fertiliser le plus grand fournisseur mondial de cet engrais azoté, le plus utilisé dans l’agriculture, devant la Qatar Fertiliser Company (QAFCO) et sa capacité installée de 5,6 millions tonnes.
En parallèle, le groupe déploie un projet d’envergure en Éthiopie. Initialement évalué à 2,5 milliards USD (environ 2,152 milliards d'euros), le complexe de production d’engrais prévu à Gode dans l’Est du pays des Négus, voit désormais son coût porté à plus de 4 milliards USD (3,4 milliards d'euros). Ce coût intègre non seulement une unité d’urée de 3 millions de tonnes par an, mais aussi une usine de mélange NPK (combinaison d'éléments fertilisants essentiels comme l'azote, le phosphore et le potassium) de 2 millions de tonnes par an, un pipeline gazier de 110 km, une centrale électrique de 120 MW et une unité d’emballage de polypropylène.
Dans le cadre de cet investissement, le conglomérat avait signé en mars 2026 avec le groupe chinois GCL un accord de 4,2 milliards USD (environ 3,616 milliards d'euros) sur 25 ans, pour la fourniture de gaz naturel à la future usine éthiopienne.
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Ce contrat doit garantir un flux continu de gaz à partir du champ de Calub, situé dans le bassin de l’Ogaden, et limiter les risques de rupture d’approvisionnement en matières premières.
« La question posée à l’Afrique est simple : comment nourrirons-nous 2,5 milliards de personnes d’ici 2050 ? Les 1,5 milliard d’Africains consomment à peine 6 millions de tonnes d’urée par an, contre 40 millions de tonnes en Inde et 50 millions de tonnes en Chine, alors même que ces pays ont des populations de taille comparable. Combler ce déficit de productivité est essentiel à la sécurité alimentaire de l’Afrique », a commenté Samaila Zubairu, président et directeur général de l'AFC.
Un pari pour réduire la dépendance aux engrais importés
Ce nouveau financement vient confirmer un peu plus la volonté affichée du groupe industriel Dangote de conjuguer au passé les importations d’engrais du continent africain. « Dans les 40 prochains mois, l'Afrique n'importera plus d'engrais de nulle part. Nous suivons actuellement une trajectoire très ambitieuse. Nous voulons faire de Dangote le premier producteur d'urée, devant le Qatar – accordez-moi 40 mois », avait déclaré son PDG, Aliko Dangote, le 27 juin 2025 en marge des 32e Assemblées générales annuelles de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) à Abuja.
Alors que selon les données de la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique produit aujourd’hui environ 30 millions de tonnes d’engrais minéraux par an, soit plus du double de sa consommation, l'institution souligne qu’un déficit annuel d’environ 2 millions de tonnes subsiste. Une situation qui expose le continent aux chocs de prix et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, comme l’a montré la guerre en Ukraine en 2022, et plus récemment l’escalade militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis qui a conduit à la fermeture du détroit d’Ormuz, qui assurait le passage d’un tiers du transport maritime mondial de fertilisants (soit près de 16 millions t).
Si grâce à l’investissement de Dangote, le Nigeria est déjà devenu un exportateur net d’urée, les enjeux sont considérables pour l’Ethiopie. Le second pays africain le plus peuplé couvre actuellement la quasi-totalité l’ensemble de ses besoins en engrais par des importations. D’après les statistiques de la plateforme TradeMap, les achats d’engrais du pays sur le marché international ont atteint 556 millions USD (environ 478,7 millions d'euros) en 2025, soit la troisième enveloppe la plus élevée du continent après celles de l’Afrique du Sud et de la Zambie.