Face à une dette jugée insoutenable, le Mozambique sollicite un nouvel accord avec le FMI

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Siège de la Banque du Mozambique à Maputo : au cœur des discussions avec le FMI sur la soutenabilité de la dette.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Siège de la Banque du Mozambique à Maputo : au cœur des discussions avec le FMI sur la soutenabilité de la dette.
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Quelques semaines après avoir remboursé environ 600 millions d'euros au FMI, le Mozambique sollicite un nouveau programme auprès de l’institution. Maputo entend rétablir la confiance des bailleurs, alors que ses ressources minières et pétrogazières ne suffisent pas encore à alléger le poids de la dette publique.
Le Fonds monétaire international a confirmé mi-juin avoir discuté de cette demande au terme d’une mission à Maputo. Son équipe a décrit une situation économique « difficile », marquée par une reprise progressive après la contraction de 2025, mais par une reprise encore fragile. Les prochaines discussions porteront surtout sur le rétablissement de la viabilité budgétaire et de la dette. Si le FMI peut fournir des ressources à un pays en difficulté, en contrepartie d’un programme de réformes, les règles de l’institution lui interdisent de prêter à un État dont la dette est jugée insoutenable, sauf si des mesures crédibles rétablissent cette soutenabilité.
Fin mars 2026, le Mozambique a soldé l’intégralité de ses engagements financiers envers le FMI : 515 millions de DTS (≈ 600 millions d'euros). L’opération a permis à Maputo de présenter un signal de discipline financière quelques semaines après qu’une analyse conjointe du FMI et de la Banque mondiale a conclu que la dette publique mozambicaine suit désormais une trajectoire insoutenable. Le pays est officiellement considéré comme étant en situation de surendettement, ce qui constitue une dégradation par rapport à juillet 2024, lorsque les deux institutions jugeaient encore la dette soutenable à terme, malgré un risque élevé de difficultés.
La dette publique atteignait 91,4% du PIB en 2025, contre 89,9% un an plus tôt. Si l’endettement extérieur a diminué ces dernières années, l’État s’est davantage tourné vers le marché intérieur pour financer ses déficits. Cette solution atteint aujourd’hui ses limites, puisque les banques, déjà fortement exposées à la dette souveraine, hésitent à acheter davantage de titres publics, tandis que les financements extérieurs nets sont négatifs depuis 2022.
L’origine de ces difficultés remonte au scandale de la dette cachée de 2016, qui avait ruiné la confiance des investisseurs et restreint l’accès aux financements. Sur les marchés, les investisseurs réclament des intérêts très élevés pour prêter au Mozambique. L’écart avec les taux des emprunts américains dépasse depuis le printemps 1 000 points de base, soit dix points de pourcentage.
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Le Mozambique dispose néanmoins de quelques points d’appui. Après un recul de 0,5% du PIB en 2025, lié aux violences postélectorales, aux pénuries de devises et aux tensions budgétaires, la Banque mondiale prévoit une croissance de 0,9% en 2026. La reprise de l’agriculture et des services, ainsi que la relance des travaux du projet Mozambique LNG de TotalEnergies, devraient soutenir l’activité.
Le secteur extractif offre également des perspectives. Le pays est le troisième producteur mondial de graphite, matériau essentiel pour la transition énergétique, et abrite d’importants gisements de gaz naturel. Début juin, le président Daniel Chapo a promulgué une législation imposant à l’État une participation gratuite minimale de 15% dans les projets miniers et renforçant les exigences de transformation locale. L’objectif est d’accroître les recettes et les retombées industrielles. Ces atouts ne répondent toutefois pas à l’urgence financière. L’économie non minière devrait rester peu dynamique et les grands revenus du gaz ne sont attendus qu’à la fin de la décennie.
Dans ce contexte, une restructuration de la dette apparaît de plus en plus probable. Le recrutement du cabinet Alvarez & Marsal pour conseiller le gouvernement dans ses négociations avec les créanciers renforce une perspective que Fitch Ratings, qui a abaissé la note souveraine du pays de « CCC » à « CC » en avril dernier, estime qu’une forme de défaut ou de restructuration est désormais très probable. L’eurobond de 900 millions USD (777 millions d'euros), dont le remboursement du principal commence en 2028, figure parmi les dossiers sensibles. Un nouvel accord avec le FMI servirait donc moins à effacer immédiatement les difficultés qu’à organiser leur traitement. Il pourrait fournir un cadre de réformes, faciliter une restructuration ordonnée et débloquer d’autres ressources concessionnelles.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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