La filière café ouest-africaine ne représentait qu’environ 14 % de la production continentale, en 2024, loin derrière l’Afrique de l’Est (+60 %).
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L’Afrique de l’Ouest reste un petit poucet sur le marché mondial du café. La filière, qui a perdu de l’importance sur les dernières décennies, bénéficie cependant d’un regain d’intérêt de la part du secteur privé.
Le groupe agroindustriel nigérian JR Farms a signé début juin avec le ministère de l’Agriculture du Liberia, un contrat de concession d’une durée de 20 ans, dans le cadre d’un partenariat public-privé dédié au développement de la filière café dans le pays. Cet accord évalué à 60 millions USD (environ 51,7 millions d'euros) prévoit la mise en valeur de plus de 250 000 hectares de terres agricoles.
Selon les autorités libériennes, le projet doit se concentrer dans un premier temps sur les principales zones de production comme les comtés de Nimba, Lofa et Bong, avec un accent particulier mis sur l’emploi des jeunes, la transformation rurale et l’intégration des petits producteurs. Le partenariat prévoit notamment la plantation d’au moins 200 millions de caféiers, la mise en place d’unités de transformation, la formation de milliers d’agriculteurs et la construction d’infrastructures clé pour la filière, qu’il s’agisse de pistes rurales, de centres de collecte ou de stations de lavage.
À terme, plus de 300 000 emplois directs et indirects sont annoncés le long de la chaîne de valeur, ce qui ferait du café l’un des secteurs agricoles les plus dynamiques du pays.
Un boost pour une filière encore embryonnaire
Pour l’instant, le calendrier de déploiement de l’initiative n’a pas été précisé. Mais ce projet s’annonce comme une opportunité pour le pays où la culture du café reste aujourd’hui marginale. Le Liberia ne comptait qu’environ 2 800 hectares de caféiers pour une production annuelle d’environ 655 tonnes en 2024, selon l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce qui en fait un acteur quasi invisible à l’échelle mondiale.
Avec ce projet, qui comptera parmi les plus vastes programmes caféiers jamais engagés en Afrique de l’Ouest, la filière libérienne devrait recevoir un véritable élan de développement. Le pays possède sa propre espèce, Coffee liberica, caractérisée par des arbres particulièrement vigoureux pouvant dépasser 10 à 15 mètres de hauteur, ainsi que par des cerises et des grains nettement plus gros que ceux de l’arabica et du robusta.
Cette singularité remet aujourd’hui cette espèce au premier plan. La FAO et les autorités libériennes ont d’ailleurs retenu la fève comme produit phare de la stratégie du Libéria dans le cadre du programme « One Country One Priority Product » de l’organisme onusien. Ce dispositif a pour objectif d’aider chaque pays à identifier et à promouvoir un produit agricole emblématique, à fort potentiel commercial et de développement, afin de structurer des chaînes de valeur plus compétitives, plus résilientes et plus durables.
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L’Afrique de l’Ouest en ligne de mire
L’engagement de JR Farms au Liberia marque sa deuxième implantation en Afrique de l’Ouest, après son projet lancé au Nigeria. En mars 2025, le groupe avait annoncé un partenariat avec l’État de Cross River, visant à développer 30 000 hectares de café sur une période de cinq ans, grâce à la mise en terre de 30 millions de plants et à la création de plusieurs stations de lavage et de transformation.
Ce projet doit repositionner Cross River comme pilier de la relance caféière nigériane, après des décennies de déclin de la filière. Dans ce cadre, JR Farms a multiplié les initiatives dont la distribution de semences améliorées, formation de dizaines d’agents de vulgarisation à travers un programme « trainthetrainer », mise en place de fermes de démonstration et élaboration de cadres de partenariat pour connecter les producteurs aux marchés internationaux.
Plus globalement, l’offensive dans ces deux pays est de nature à redynamiser une filière ouest-africaine qui reste encore largement en retrait sur le marché mondial.
Selon les données compilées par la FAO, elle ne représente qu’environ 14 % de la production africaine de café, estimée à 1,9 million de tonnes en 2024, loin derrière l’Afrique de l’Est dont la part dépasse les 60%.
Des pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigeria, le Togo ou le Liberia ont tous connu un déclin ou une stagnation de leurs volumes au cours des dernières décennies, souvent au profit d’autres cultures jugées plus rentables ou mieux soutenues par les politiques publiques. Dans ce contexte, l’entrée en scène d’acteurs privés capables de mobiliser des capitaux importants, de structurer des chaînes de valeur et d’introduire des standards de qualité plus élevés peut représenter un avantage majeur à condition que les projets déployés soient soutenus par des politiques publiques de relance à long terme.