Internet par satellite : la Côte d’Ivoire ouvre son marché à Starlink
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Starlink arrive sur un marché ivoirien déjà structuré mais en quête de solutions pour réduire la fracture d’usage.
Photo DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Starlink arrive sur un marché ivoirien déjà structuré mais en quête de solutions pour réduire la fracture d’usage.
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Le 11 juin dernier, la Côte d’Ivoire a autorisé l’entrée de Starlink sur son marché de l’internet fixe par satellite, avec un démarrage commercial prévu en juillet 2026. L’annonce a été faite par le ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, qui précise que l’autorisation délivrée à Starlink permet de fournir des services de haut débit via satellites sur l’ensemble du territoire, pour une période initiale de douze mois avant la finalisation du cahier des charges définitif.
Cette décision intervient dans un marché ivoirien déjà structuré et en expansion rapide. Les opérateurs historiques MTN et Orange y proposent des solutions de connectivité satellitaire et hybride en partenariat avec Eutelsat. Starlink n’arrive pas sur un marché vide, mais sur un segment où les solutions existent, même si elles restent limitées par les contraintes des réseaux terrestres et leur capacité d’extension dans les zones difficiles d’accès.
Le contexte global reste celui d’un pays qui affiche une couverture internet théorique élevée mais une utilisation réelle encore partielle. Les autorités évoquent une couverture proche de 95% de la population, tandis que les données de DataReportal font état de 13,4 millions d’utilisateurs, soit un taux de pénétration de 40,7% fin 2025. Cet écart met en évidence une fracture d’usage plus qu’une fracture d’infrastructure, liée à des contraintes de coût, d’équipement et d’accessibilité dans certaines zones rurales.
Sur le plan économique, le marché ivoirien de l’internet constitue déjà un segment central du secteur télécom. Les services internet ont généré environ 170 milliards FCFA (259 millions EUR) au troisième trimestre 2025, en progression de 19% sur un an, et représentent plus de la moitié des revenus du secteur selon le Régulateur. Cette dynamique traduit une demande croissante, portée par la digitalisation des services, l’usage mobile et l’expansion des besoins en connectivité dans les administrations, les entreprises et les services sociaux.
C’est dans cette trajectoire que s’inscrit l’arrivée de Starlink, avec une proposition technologique fondée sur les satellites en orbite basse, conçus pour réduire les zones blanches en contournant les contraintes des infrastructures terrestres.
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L’enjeu opérationnel est de connecter les localités éloignées, les établissements scolaires et les structures sanitaires encore mal desservies. Mais cette ambition se confronte à une réalité de marché déjà organisée autour d’offres satellites classiques, notamment via les kits commercialisés par les opérateurs historiques, dont les coûts d’équipement tournent autour de 150 000 FCFA avec des abonnements mensuels à partir de 25 000 FCFA.
La question du positionnement tarifaire constitue ainsi un premier enjeu structurant. Les offres de Starlink, sur le continent, impliquent généralement un coût d’équipement plus élevé, autour de 400 000 FCFA, avec des abonnements variant selon les formules entre 22 000 et 60 000 FCFA.
La compétitivité de l’acteur ne repose donc pas uniquement sur le prix, mais sur la promesse de couverture, de stabilité et de performance dans des zones où les alternatives restent limitées ou dégradées.
Au-delà du marché ivoirien, l’expansion de Starlink en Afrique montre toutefois une trajectoire contrastée. Si l’entreprise a obtenu des autorisations dans plusieurs pays du continent, elle fait face à des blocages réglementaires dans certains cas. En Namibie, la demande de licence a été rejetée en mars 2026, les autorités invoquant des critères de conformité liés à la propriété locale, à la régulation et à la sécurité des données.
En Centrafrique, des restrictions ont également été imposées sur l’usage de certains équipements en mode itinérance, au nom de la conformité réglementaire et de la sécurité nationale. Ces épisodes illustrent un point central : l’expansion du satellite internet en Afrique dépend autant de la technologie que de l’acceptabilité réglementaire dans chaque juridiction.
Dans ce cadre, la Côte d’Ivoire adopte une approche d’ouverture encadrée. La licence accordée est temporaire et conditionnée à l’évaluation des performances du service avant sa validation définitive. Le gouvernement cherche ainsi à introduire une nouvelle couche de connectivité sans déséquilibrer le marché existant ni fragiliser les opérateurs déjà installés. Cette logique traduit une volonté de mise en concurrence progressive, mais sous contrôle réglementaire.
Olivier de Souza, Agence Ecofin
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