Lithium : le chinois Sinomine étend son empreinte africaine malgré un marché encore incertain

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le projet de lithium et de césium de Namibe, dans le sud de l'Angola.
Photo DR

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le projet de lithium et de césium de Namibe, dans le sud de l'Angola.
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Déjà actif au Zimbabwe, le chinois Sinomine Resource Group veut reprendre le projet de lithium et de césium de Namibe, dans le sud de l’Angola. L’australien Tyranna Resources a annoncé le 6 juillet avoir signé un accord contraignant pour céder sa participation dans ce projet à une filiale du groupe chinois.
Selon les détails disponibles, la transaction concerne la participation de 90% détenue par Angolan Minerals, filiale à 97% de Tyranna, dans AM Mauritius, la société qui contrôle le projet Namibe. Sinomine versera en contrepartie une somme de 1,44 million de dollars, soit environ 1,2 million d’euros.
La vente doit encore franchir plusieurs étapes. Elle reste soumise aux approbations réglementaires habituelles, notamment les autorisations chinoises liées aux investissements à l’étranger, ainsi qu’au feu vert des actionnaires de Tyranna. Une assemblée générale est prévue le 7 août prochain, et la date limite de réalisation de l’opération est fixée au 15 août, sauf prolongation décidée par les parties.
Namibe n’est pas une mine en production. Tyranna indique y avoir mené quatre années d’exploration, qui ont permis d’identifier des occurrences de spodumène et de pollucite, deux minéraux associés respectivement au lithium et au césium. À ce stade, l’intérêt du projet dépendra donc des travaux futurs, des résultats géologiques et de la capacité de l’acheteur à avancer vers un développement minier.
Pour Tyranna, cette cession s’inscrit dans un recentrage. La compagnie explique vouloir se concentrer sur d’autres opportunités en Angola, en particulier le projet aurifère de Chinguar, récemment acquis. Les fonds tirés de la vente de Namibe doivent être affectés à cet actif et à d’éventuelles nouvelles acquisitions. La société souligne aussi que Sinomine a été son partenaire financier pendant une grande partie des travaux menés sur Namibe, ce qui en faisait, selon elle, un acquéreur naturel.
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La transaction intervient alors que le groupe chinois est déjà l’un des principaux acteurs du lithium africain, surtout au Zimbabwe. Il y exploite depuis 2022 la mine de Bikita, et travaille parallèlement sur la construction d’une usine de production de sulfate de lithium.
Si la transaction se finalise, Sinomine étendrait donc son empreinte sur le lithium africain à un moment où le marché essaie de trouver un nouveau souffle. Après l’euphorie liée à la demande pour les véhicules électriques, les prix ont fortement reculé en 2024 et 2025, sous l’effet d’une offre abondante et d’un ralentissement des ventes de véhicules électriques. Cette baisse a fragilisé plusieurs projets et poussé des producteurs à revoir leurs plans.
En 2026, le marché montre des signes de reprise. Les prix ont rebondi, soutenus par l’espoir d’un rééquilibrage et par la montée de nouveaux usages, comme le stockage stationnaire par batteries pour les réseaux électriques. Cette demande est portée par les besoins d’intégration des énergies renouvelables, le renforcement des réseaux et la croissance des centres de données.
Toutefois, l’ampleur du rebond reste incertaine. La demande liée aux véhicules électriques demeure importante, mais elle évolue de manière inégale selon les marchés. Côté offre, la remontée des prix peut aussi relancer des projets suspendus ou ralentis pendant la phase baissière, ce qui pourrait peser de nouveau sur le marché.
Pour Sinomine, l’enjeu sera d’arbitrer entre prudence de court terme et sécurisation de long terme. Reprendre un actif exploratoire comme Namibe ne garantit ni production rapide ni rentabilité immédiate. Mais cela permet au groupe de renforcer sa présence sur les ressources africaines susceptibles d’alimenter, à terme, la chaîne mondiale des batteries.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin