L'UE est le 1er débouché des exportations kényanes (21,1 %), et les échanges de marchandises entre les deux parties ont atteint 3 milliards € en 2025.
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Le président kényan multiplie cette semaine les rendez-vous en Europe, pour consolider le positionnement de son pays comme partenaire économique de référence du vieux continent. De Bruxelles à Helsinki, Nairobi met notamment en avant le numérique et l’énergie propre pour attirer capitaux, entreprises et financements européens.
Le président kényan William Ruto effectue depuis le 7 juin une tournée européenne qui le conduit successivement en Belgique, en Norvège et en Finlande. D'une capitale à l'autre, le chef d'État déroule un même objectif, consolider la place de son pays comme partenaire africain de référence de l'Europe, en matière de numérique, de commerce et d’énergie.
À Bruxelles, première étape du déplacement, William Ruto a annoncé le 8 juin avoir obtenu 139 millions d'euros de nouveaux investissements de l'Union européenne, dont 102,3 millions d'euros (environ 15,3 milliards de shillings kenyans) au titre du partenariat numérique UE - Kenya, et 37 millions d'euros pour l'extension africaine du câble sous-marin Blue Raman, qui reliera Djibouti, la Somalie, le Kenya et la Tanzanie.
Partenariat économique
Dans le cadre de sa stratégie Global Gateway, la Commission européenne a par ailleurs détaillé plusieurs financements, parmi lesquels 17 millions d'euros pour transformer le corridor Nord, axe commercial le plus fréquenté d'Afrique de l'Est, reliant Mombasa (Kenya) à Kisangani (République démocratique du Congo), et 10 millions d'euros pour le Centre kenyan de transformation numérique.
Au-delà de l’appui financier, les deux parties sont déjà liées par un accord de partenariat économique (APE) signé en décembre 2023, dont William Ruto affirme qu'il a permis aux exportations kényanes vers l'UE de progresser de plus de 20% depuis son entrée en vigueur. Le président a aussi lancé à Bruxelles la Chambre de commerce Kenya - Benelux, destinée à connecter les entreprises kényanes aux marchés belge, néerlandais et luxembourgeois.
La première économie d’Afrique de l’Est est par ailleurs engagée dans un processus d'adéquation des données, lancé en mai 2024. Une décision d'adéquation est l'acte par lequel la Commission européenne reconnaît qu'un pays tiers protège les données personnelles à un niveau équivalent au sien, ce qui autorise leur libre circulation depuis l'Europe. Le Kenya deviendrait ainsi le premier pays africain à en bénéficier, un atout pour son domaine de l'externalisation des services.
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L'argument de l'énergie propre
C'est à Bruxelles que William Ruto a posé l’un des arguments centraux de sa tournée, celui de la transformation locale adossée à l'énergie propre. Devant les chefs d'entreprise réunis à la table ronde Kenya - Belgique, il a invité les industriels du Benelux à transformer les minerais et les produits agricoles sur le sol kényan, plutôt que d'exporter les matières premières pour les valoriser ailleurs. « Produisez-le au Kenya. Produisez-le en Afrique. Produisez-le de manière propre. Vendez-le en Europe et dans le monde entier », a-t-il lancé.
Le chef d'Etat a relié cette offre au mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE, faisant valoir que les biens produits grâce à l’énergie bas carbone kényane entrent sur le marché européen avec une empreinte carbone moindre et des droits de douane réduits. Il a fixé aux entreprises du Benelux l'objectif de tripler les échanges bilatéraux, d'environ 335 millions USD (environ 290 millions d'euros) en 2024, à 1 milliard USD (environ 865,5 millions d'euros) en 2030. À Oslo, le président kényan a prolongé le même argumentaire, cette fois face au capital norvégien.
Devant la Confédération des entreprises norvégiennes, le 9 juin, il a plaidé pour le passage de la coopération au développement vers l'investissement de long terme, mettant en avant un réseau énergétique renouvelable à plus de 90%. Le dirigeant kényan a également rencontré le directeur général de Norfund, l'institution norvégienne de financement du développement.
Présente de longue date dans le pays Est-africain, Norfund y détenait un portefeuille de 46 milliards de shillings kenyans (environ 307,5 millions d’euros) en 2023, réparti entre la finance, l'énergie et d'autres secteurs. Sur le terrain de l'économie bleue, la visite en Norvège a débouché sur un engagement du gestionnaire maritime Wilhelmsen Ship Management de recruter 1 000 marins kényans d'ici 2030, dont une première cohorte de 120 avant la fin de l'année.
Dans le sillage d'Africa Forward
La tournée européenne de William Ruto prolonge une séquence diplomatique ouverte à Nairobi les 11 et 12 mai, lorsque le Kenya a co-organisé avec la France le sommet Africa Forward. Le leader kenyan capitalise sur ce statut de partenaire africain privilégié de plusieurs pays européens, en présentant son pays comme la porte d'entrée vers la Zone de libre-échange continentale africaine. Avant de regagner Nairobi, il effectue une ultime visite d'État en Finlande ce mercredi, avec à la clé un nouveau forum d'affaires bilatéral.
L'enjeu dépasse la seule séquence diplomatique. L'Union européenne demeure le premier débouché des exportations kényanes, avec 21,1% du total, et les échanges de marchandises entre les deux partenaires ont atteint 3 milliards d'euros en 2025. Les entreprises européennes représentent par ailleurs 20% du stock d'investissements directs étrangers (IDE) du pays.
Des pistes de renforcement de cette coopération existent, déjà avec la conclusion du processus d'adéquation des données et la mise en œuvre intégrale de l'APE, dont plusieurs questions commerciales restent à régler.