Pose de la première pierre de la centrale électrique algéro tchadienne de à N’Djamena, en présence des Premiers ministres Sifi Ghrieb et Allah Maye Halina.
Photo DR
Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, l’Afrique subsaharienne demeure la région du monde où l’accès à l’électricité reste le plus limité, alimentant une forte demande en nouvelles infrastructures de production et de distribution. Les partenariats SudSud peuvent jouer un rôle déterminant dans ce contexte.
L’Algérie franchit une nouvelle étape dans son offensive énergétique en Afrique subsaharienne. Le lundi 8 juin, les Premiers ministres algérien, Sifi Ghrieb, et tchadien, AllahMaye Halina, ont procédé conjointement à la pose de la première pierre d’une centrale électrique de 40 mégawatts (MW) à N’Djamena. Baptisée « centrale de solidarité algérotchadienne », l’infrastructure sera intégralement financée par Alger et réalisée par Sonelgaz International, filiale du groupe public algérien d’électricité et de gaz.
Un don stratégique dans un pays sous tension énergétique
Le projet intervient dans un contexte de crise structurelle. Selon les données de la Banque mondiale, à peine 12% de la population tchadienne a accès à l’électricité — et seulement 1,3% en zone rurale —, faisant du Tchad l’un des pays les moins électrifiés au monde. Le Pacte énergétique du Tchad révélait en 2024 que le pays affichait, au sein de la sousrégion CILSS (Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel) et de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), le taux d’accès à l’électricité le plus faible, avec une consommation moyenne annuelle estimée à 47 kWh par habitant et par an, contre 109 kWh en Afrique centrale.
Plus de 80% de la consommation électrique est absorbée par la seule capitale N’Djamena. Face à ce déficit, le gouvernement s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre un taux d’accès de 60 % d’ici 2030, dans le cadre du plan national « Tchad Connexion 2030 », qui prévoit l’installation de 866 MW de nouvelles capacités, dont 520 MW de solaire.
Dans ce paysage, l’apport de 40 MW supplémentaires par l’Algérie représente une contribution concrète — quoique partielle — à la réduction du gap énergétique de la capitale. L’enjeu est autant économique que social. L’accès à une énergie fiable et abordable conditionne directement la compétitivité des entreprises locales et la qualité de vie des ménages.
Sonelgaz International, instrument d’une diplomatie énergétique
La centrale tchadienne s’inscrit dans la continuité directe d’un projet similaire inauguré cinq jours plus tôt à Niamey, au Niger. Le 3 juin 2026, le Premier ministre Ghrieb avait présidé la mise en service de la centrale de Gorou Banda (40 MW), également réalisée par Sonelgaz International. En quelques jours, Alger aura ainsi initié ou inauguré 80 MW de capacités électriques offertes à deux pays du Sahel.
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Cette séquence illustre la montée en puissance opérationnelle de Sonelgaz International comme bras armé de la politique africaine de l’Algérie dans l’électricité. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal — présent dans la délégation à N’Djamena —, a évoqué un intérêt croissant pour l’expertise de la filiale, notamment en Côte d’Ivoire et au Mozambique, laissant entrevoir un pipeline de projets en construction.
L’AICA, moteur financier d’une stratégie continentale
Sur le plan institutionnel, le financement de la centrale tchadienne est adossé à l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement (AICA), créée en 2020 et dotée d’une enveloppe d’un milliard USD (866 millions EUR) destinée à financer des projets de développement sur le continent africain.
Cette architecture — AICA pour le financement, Sonelgaz International pour la réalisation — constitue désormais un modèle reproductible, permettant à Alger de matérialiser rapidement ses engagements de coopération. Le Premier ministre Ghrieb l’a présenté comme « la conviction de l’Algérie selon laquelle une coopération africaine efficace peut générer un développement partagé, à travers des projets concrets ayant un impact direct sur les populations et contribuant à la construction d’économies nationales fortes et durables ».
Enjeux géopolitiques et perspectives
Au-delà de l’énergie, la visite à N’Djamena a aussi permis d’affirmer une convergence de vues entre Alger et N’Djamena sur les grands dossiers régionaux — stabilité sahélosaharienne, route transsaharienne, interconnexions en fibre optique et renforcement du transport aérien. Dans un Sahel traversé par des reconfigurations géopolitiques profondes, le Tchad représente pour l’Algérie un partenaire clé, pivot dans la sécurité de la région.
Pour Sonelgaz International, qui travaille à étoffer son carnet de commandes africain, la centrale de N’Djamena sera un nouveau test de sa capacité à exécuter des projets dans des environnements complexes. La réussite au Niger lui a valu diverses appréciations pour son expertise. Le défi sera de confirmer cette réputation dans un pays encore plus enclavé.