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Or : pourquoi la Tanzanie rachète massivement la production de ses propres mines

Photo de Louis-Nino Kansoun

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Publié le 10 juillet 2026 à 08:40

Depuis 2024, les sociétés minières et négociants exportant de l'or depuis la Tanzanie doivent réserver au moins 20 % de leur production pour la Banque centrale.

Depuis 2024, les sociétés minières et négociants exportant de l'or depuis la Tanzanie doivent réserver au moins 20 % de leur production pour la Banque centrale.

Photo DR

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Dans plusieurs pays africains producteurs, l’or n’est plus seulement une matière première exportée vers les marchés mondiaux. Il devient aussi un actif que les banques centrales cherchent à intégrer à leurs réserves, à un moment où les monnaies locales sont exposées aux tensions sur les devises et aux chocs extérieurs.

La Banque centrale de Tanzanie a acheté environ 28 tonnes d’or au cours des 18 derniers mois, pour une valeur estimée à 3,68 milliards de dollars, soit environ 3,22 milliards d’euros. L’annonce a été faite par son gouverneur, Emmanuel Tutuba, lors d’une réunion du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale en Gambie.

Pour parvenir à accumuler autant d’or, la Tanzanie s’appuie sur un système combinant obligation et incitations. Depuis 2024, les sociétés minières et les négociants exportant le métal jaune doivent réserver au moins 20 % de leur production pour la Banque centrale.

L’institution a aussi mis en place un dispositif destiné à rendre ce circuit attractif. Dans une note publiée en octobre 2024, elle indiquait que les vendeurs pouvaient lui céder leur or directement à un prix aligné sur le marché mondial. Le paiement est annoncé dans les 24 heures après validation du rapport d’analyse, tandis que les frais sont réduits et que les coûts de raffinage sont pris en charge par la banque.

Transformer l’or local en outil de stabilité financière

Selon Emmanuel Tutuba, ces acquisitions massives d’or doivent renforcer les réserves internationales du pays et soutenir le shilling, la monnaie locale. Mais le fonctionnement du programme éclaire davantage la stratégie tanzanienne.

Le principe est simple. Le pays produit de l’or, et la Banque centrale en achète une partie directement auprès d’acteurs locaux afin de l’intégrer aux réserves officielles du pays. Cet or vient compléter les réserves en devises étrangères, dont les pays ont besoin pour payer leurs importations, rassurer les marchés et intervenir en cas de pression sur leur monnaie.

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Pour Dar es-Salaam, l’intérêt est d’abord monétaire. En diversifiant ses réserves, la Banque de Tanzanie cherche à réduire sa dépendance aux seules devises, notamment au dollar, et à disposer d’un actif généralement considéré comme une valeur refuge. L’or ne protège pas automatiquement une monnaie, mais il peut renforcer la crédibilité d’une banque centrale et lui donner une marge supplémentaire lorsque le marché des changes devient tendu.

Cette stratégie prend un relief particulier dans un pays où l’or occupe déjà une place importante dans les exportations. La Banque centrale peut conserver ce métal dans ses avoirs, mais aussi, si nécessaire, le mobiliser pour obtenir des devises et alimenter le marché local.

Le programme a aussi une dimension structurelle. Selon Emmanuel Tutuba, il a contribué à l’ouverture de plus de 4 000 comptes bancaires par des négociants en minerais et des mineurs artisanaux. Ce chiffre montre que le dispositif pousse une partie des acteurs vers les circuits officiels, avec des paiements bancaires, des raffineries agréées et des procédures de contrôle.

Une stratégie qui n'est pas sans risques

La Tanzanie n’est pas le seul pays africain engagé dans cette dynamique. Depuis quelques années, plusieurs banques centrales africaines augmentent leurs réserves d’or, dans un contexte de volatilité des devises, d’inflation et d’incertitudes géopolitiques.

Le Ghana, le Zimbabwe ou plus récemment l’Ouganda ont chacun engagé des démarches liées à l’or, mais avec des usages différents. Au Ghana, une partie du métal peut servir à générer des devises, notamment pour couvrir certains besoins d’importation. Au Zimbabwe, l’or entre dans le dispositif de soutien à la monnaie nationale, le ZiG.

Derrière ces expériences, il faut néanmoins rappeler que l’or n’est pas un actif sans risque. La valeur des réserves accumulées dépend des cours mondiaux. Leur mobilisation peut avoir un coût. Et lorsqu’une banque centrale utilise l’or pour plusieurs objectifs à la fois, elle doit arbitrer entre conservation de la réserve, besoin de liquidité et soutien au marché des changes.

Pour la Tanzanie, le vrai test ne sera donc pas seulement la quantité d’or achetée, mais la manière dont ce stock sera géré au fil du temps. Le pays a réussi à transformer une partie de sa production minière en actif de réserve. Il lui reste à montrer que cet or peut contribuer à renforcer la stabilité financière sans exposer la Banque centrale à de nouveaux risques.

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

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