Finance : une discrète mutation en cours dans le secteur du capital-investissement africain

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Les deux amis Richard Okello et Charles Mwebeiha ont fondé ensemble Sango Capital en 2011.
VCCircle

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Les deux amis Richard Okello et Charles Mwebeiha ont fondé ensemble Sango Capital en 2011.
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La société sud-africaine de private equity Sango Capital, fondée en 2011 par Richard Okello et Charles Mwebeiha, vient d'être désignée pour reprendre la gestion de près de 460 millions de dollars d'actifs répartis entre trois fonds auparavant administrés par Kuramo Capital Management. Présentée isolément, l'opération pourrait apparaître comme un simple changement de gestionnaire. Observée dans la durée, elle révèle pourtant une évolution plus profonde : l'apparition d'un véritable marché africain des transactions secondaires dans le capital-investissement.
Cette évolution intervient dans un contexte paradoxal. D'un côté, les levées de fonds consacrées à l'Afrique ralentissent. Selon l'association des acteurs du secteur en Afrique (AVCA), elles ont reculé de 34% en 2025, tandis que les institutions de financement du développement demeurent les principaux pourvoyeurs de capitaux. De l'autre, les besoins de liquidité augmentent. Les fonds les plus anciens arrivent à échéance, les sorties prennent davantage de temps et les investisseurs souhaitent réallouer leurs engagements. C'est précisément dans cet espace que se développent les transactions secondaires, encore peu nombreuses sur le continent mais appelées à jouer un rôle croissant.
Le cas de Kuramo illustre cette recomposition. Alors que certains de ses anciens véhicules changent aujourd'hui de gestionnaire, la société poursuit parallèlement la levée de nouveaux fonds, largement soutenus par des investisseurs institutionnels nigérians. Autrement dit, le capital ne disparaît pas ; il change progressivement d'origine, de structure et parfois d'intermédiaire. Un autre facteur à suivre c’est qu’une nouvelle réforme fiscale adoptée aux États-Unis alourdit désormais l'imposition des revenus générés par les placements des grands patrimoines financiers des universités américaines. Ces patrimoines, qui gèrent parfois plusieurs dizaines de milliards de dollars d'actifs, figurent parmi les principaux investisseurs institutionnels dans les fonds de capital-investissement, notamment en Afrique.
Ce dernier indicateur doit encore se confirmer au fil du temps. Certes, la réforme entrée en vigueur aux États-Unis renforce les incitations de certains investisseurs institutionnels à arbitrer leurs portefeuilles de private equity. Mais Sango avait commencé à développer cette activité bien avant ce changement réglementaire.
En juillet 2024, la société reprenait déjà une participation majoritaire dans Synergy Private Equity LP. Une deuxième opération suivait en février 2025 sur Synergy Private Equity Fund II. En avril 2026, elle lançait un véhicule de continuation pour son propre premier fonds, avant de réaliser, un mois plus tard, une transaction secondaire de 120 millions de dollars portant sur quatre fonds africains. Le transfert des portefeuilles de Kuramo constitue ainsi la cinquième opération de cette nature menée en moins de deux ans.
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Cette succession de transactions suggère moins une réaction opportuniste aux évolutions américaines qu'une stratégie construite autour d'un constat : une partie importante des capitaux investis en Afrique au cours des quinze dernières années arrive aujourd'hui à maturité, alors que les investisseurs cherchent davantage de liquidité.
La question est désormais de savoir si Sango restera un acteur isolé ou si d'autres gestionnaires africains développeront à leur tour cette spécialisation. Si tel est le cas, le continent pourrait entrer dans une nouvelle phase de son industrie du capital-investissement, où la création de valeur ne reposera plus uniquement sur la levée de nouveaux fonds, mais aussi sur la capacité à organiser la circulation et le recyclage des capitaux déjà investis.
Idriss Linge, Agence Ecofin.