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Croissance, mais pauvreté persistante : le paradoxe ouest-africain inquiète

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Publié le 09 juillet 2026 à 08:00

La BIDC, basée à Lomé, au Togo, est la banque d’investissement des pays de la CEDEAO.

La BIDC, basée à Lomé, au Togo, est la banque d’investissement des pays de la CEDEAO.

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La croissance est au rendez-vous, mais ses bénéfices peinent à atteindre les populations. Dans son rapport sur les perspectives de développement, la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) alerte sur un paradoxe préoccupant : malgré des économies en progression, la pauvreté des travailleurs continue de s'aggraver, tandis que les tensions géopolitiques pourraient fragiliser la reprise régionale dès 2026.

La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), bras financier des États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, a averti dans son rapport sur les perspectives de développement, que la reprise économique de la sous-région pourrait ralentir en 2026, en raison de la persistance des tensions géopolitiques, la dépendance aux importations de carburants raffinés et d’engrais, ainsi qu’une pauvreté des travailleurs qui continue de progresser malgré la croissance.

Entre ralentissement et rebond

Le produit intérieur brut régional a augmenté de 4,8% en 2025, contre 4,7% un an plus tôt. Dans le même temps, l’inflation moyenne est retombée à 16,8%, contre 25,3% en 2024, selon le rapport annuel Perspectives de développement en Afrique de l’Ouest, publié par la BIDC à Lomé en juin 2026.

La dette publique s’est également allégée à 49,3% du PIB, tandis que le compte courant a dégagé un excédent de 1,8%, signe d’une amélioration des équilibres extérieurs de la région.

« Les chocs sont appelés à perdurer », a déclaré George Agyekum Donkor, président de la BIDC, dans l’avant-propos du rapport. L’institution, qui finance des projets d’infrastructure, d’intégration régionale et de développement dans l’espace CEDEAO, invite les gouvernements à réduire leur exposition aux importations critiques, en particulier dans l’énergie et les intrants agricoles.

La BIDC prévoit un léger ralentissement de la croissance à 4,7 % en 2026, avant un rebond à 4,9 % en 2027. Cette inflexion resterait modérée, mais elle intervient dans un contexte de vulnérabilité accrue. L’inflation moyenne devrait remonter à 11,1 % en 2026, puis refluer à 10,2 % en 2027, ce qui limiterait une partie des gains obtenus après la forte poussée des prix observée en 2024.

Pauvreté persistante

Malgré la progression du PIB, la croissance ne s’est pas traduite par une amélioration suffisante des conditions de vie. La part des travailleurs vivant avec moins de 3 dollars par jour, en parité de pouvoir d’achat, a augmenté dans les quinze pays de la sous-région en 2025. Au Niger, ce taux a atteint 55,5 %, contre 51,9 % un an plus tôt. Même au Cabo Verde, l’économie la mieux classée de la zone sur cet indicateur, il est passé de 6,3% à 6,8%. Ces chiffres illustrent un décalage persistant entre croissance économique et amélioration du niveau de vie.

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Le chômage suit la même tendance. Le nombre de personnes sans emploi est passé de 5,58 millions en 2024 à 5,6 millions en 2025, et pourrait atteindre 6,3 millions d’ici 2027, selon les projections de la BIDC. Le Nigeria, première économie et pays le plus peuplé de la sous-région, concentre à lui seul plus de 60 % des chômeurs recensés dans l’espace CEDEAO. Cette situation reflète la difficulté des économies ouest-africaines à créer suffisamment d’emplois formels pour absorber l’arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail.

Un diagnostic nuancé

Les tensions autour du détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour le commerce mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié, font peser un risque supplémentaire sur la région. Selon le rapport, les prix des engrais ont déjà augmenté de 40% à 80% depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Cette hausse menace directement les coûts de production agricole et, à terme, les prix alimentaires. Sur la même période, le cedi ghanéen a perdu 8,3 % de sa valeur face au dollar, tandis que le franc CFA a reculé de 1,5%.

La BIDC nuance toutefois son diagnostic. La hausse des prix du pétrole et de l’or a généré des recettes exceptionnelles pour certains pays exportateurs, notamment le Nigeria et le Ghana. Le Nigeria a également presque atteint l’autosuffisance en engrais, ce qui pourrait amortir une partie du choc régional. Mais ces gains restent fragiles. Depuis janvier, des pannes d’électricité prolongées en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria et au Togo ont pesé sur la production industrielle et rappelé la vulnérabilité des économies de la région aux contraintes énergétiques.

Une baisse des cours de l’or, après leur pic de 5 417 dollars l’once fin janvier, réduirait les recettes des pays exportateurs. De même, un nouveau resserrement des taux d’intérêt mondiaux renchérirait le coût de la dette pour les États. Dans les deux cas, les gouvernements disposeraient de marge budgétaire plus étroites pour financer les dépenses publiques, soutenir les ménages ou investir dans les infrastructures.

Pour limiter ces risques, la BIDC recommande aux gouvernements de développer les capacités locales de raffinage, d’augmenter la production régionale d’engrais, d’intensifier le commerce intrarégional et de renforcer les réserves budgétaires et de change. L’institution compare le choc actuel à ceux provoqués par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Elle estime que l’Afrique de l’Ouest devra s’y préparer durablement, alors que sa prochaine évaluation est attendue courant 2027.

Idriss Linge, Agence Ecofin.

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