Construit pour traiter environ 8 millions de voyageurs par an, l'aéroport international Jomo Kenyatta en a enregistré 8,8 millions en 2025.
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L’aéroport international Jomo Kenyatta est un des principaux hubs de transport aérien en Afrique de l’Est. Face à la concurrence des plateformes voisines, les autorités kenyanes accélèrent les plans d'extension de capacités.
Le Kenya a confié à la China Communications Construction Company (CCCC), le vaste projet d’extension et de modernisation de l’aéroport international Jomo Kenyatta (JKIA), le principal hub de transport aérien du pays. Ce contrat, évalué à environ 2,9 milliards USD (environ 2,5 milliards d'euros), prend la forme d’un accord d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) visant à rénover et agrandir des infrastructures.
D’après Bloomberg, qui cite des sources proches du dossier, le chantier doit démarrer ce mois de juin.
Une nouvelle étape pour un projet stratégique
Avec cette attribution, les autorités kenyanes relancent un projet stratégique pour l'industrie nationale du transport aérien, qui a connu plusieurs revirements. En 2024, le gouvernement de William Ruto avait était en discussions avancées avec le conglomérat indien Adani Group, autour d’une offre non sollicitée d’environ 1,85 milliard USD (environ 1,6 milliard d'euros) pour l’agrandissement et l’exploitation de JKIA sur une période de 30 ans.
L’accord prévoyait un schéma de concession dans lequel Adani aurait financé et exploité l’aéroport en échange de droits étendus sur les revenus, ce qui a suscité des inquiétudes sur la souveraineté et le partage de la valeur. Le projet a ainsi déclenché une forte mobilisation des syndicats du domaine et des employés de l’aéroport, qui ont dénoncé des clauses jugées défavorables aux intérêts nationaux, ainsi qu'un manque de transparence dans les négociations.
Des grèves et des manifestations ont suivi, fragilisant politiquement le gouvernement et alimentant un débat plus large sur la place des opérateurs privés étrangers dans la gestion d’actifs stratégiques du pays. L’équation s’est encore compliquée lorsque le fondateur d'Adani a été visé par des accusations de corruption et de fraude aux ÉtatsUnis, poussant Nairobi à reconsidérer ses engagements. En novembre 2024, les autorités kényanes ont finalement annulé l’accord de concession, ainsi que d’autres projets liés au groupe indien, préférant repartir sur de nouvelles bases pour l’extension de JKIA.
Ce rebondissement a mis en lumière les difficultés du Kenya à structurer des montages financiers pour des projets d’infrastructures de grande ampleur, sans alourdir la dette publique. Dans un premier temps, Nairobi avait exploré l’option d’un financement adossé au bilan de l’aéroport, en sollicitant des bailleurs de fonds comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale, la JICA (Agence japonaise de coopération internationale), la China Exim Bank ou encore la KfW (banque publique allemande de développement et de financement).
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Mais la complexité de ces montages et la pression politique ont finalement conduit le gouvernement à privilégier une approche reposant notamment sur le Fonds national d’infrastructure (National Infrastructure Fund – NIF). Ce fonds souverain dédié au financement des infrastructures est notamment alimenté par le produit de la privatisation partielle de la Kenya Pipeline Company (KPC).
Selon les informations officielles relayées par Reuters, entre 15 et 20 milliards de shillings kényans, soit environ 100 à 133,44 millions d'euros issus de l’ouverture du capital de la KPC, pourraient être mobilisés pour financer une partie les travaux d’extension de la plateforme. Le reste de l’enveloppe nécessaire sera complété par des emprunts commerciaux adossés aux recettes futures de l’aéroport, en particulier les redevances passagers et certaines taxes aéroportuaires.
Un hub de transport aérien fortement concurrencé
Construit pour traiter environ 8 millions de voyageurs par an, l’aéroport a dépassé ce seuil en enregistrant 8,6 millions de voyageurs en 2024, puis 8,8 millions en 2025. Le projet d’extension doit lui permettre de répondre à la croissance du trafic aérien et à la saturation actuelle des installations, qui engendrent des files d’attente plus longues et une baisse de la qualité du service aux heures de pointe.
Selon les détails de la Kenya Airports Authority (KAA), ce plan d’extension prévoit la construction d’un nouveau terminal qui permettra de porter la capacité d’accueil à 15 millions de voyageurs par an. Le plan prévoit aussi une nouvelle piste à l’horizon 2029, ainsi qu’un renforcement des capacités opérationnelles pour atteindre environ 63 mouvements d’aéronefs par heure, contre 14 actuellement.
Plus globalement, cette montée en régime vise à mieux positionner le Kenya, dans un contexte où son statut de porte d’entrée aérienne de l’Afrique de l’Est est concurrencé. L’Ethiopie a lancé la construction d’une nouvelle plateforme à Bishoftu, présentée comme le futur plus grand aéroport d’Afrique, avec une capacité projetée de l’ordre de 100 à 110 millions de voyageurs par an. Le Rwanda, de son côté, avance sur le chantier du nouvel aéroport de Bugesera, développé en partenariat avec Qatar Airways, avec une capacité cible de 14 millions de voyageurs.