Cameroun: des investisseurs locaux s'emparent de l'agro-industrie, soutenus par les banques locales
Idriss Linge, Agence Ecofin

Célestin Tawamba, fondateur et dirigeant du groupe agroalimentaire et industriel camerounais Cadyst.
DR
Idriss Linge, Agence Ecofin

Célestin Tawamba, fondateur et dirigeant du groupe agroalimentaire et industriel camerounais Cadyst.
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La participation bancaire d'Ecobank met en lumière un phénomène croissant : les institutions financières camerounaises deviennent les piliers de la réappropriation des actifs étrangers par des investisseurs nationaux.
Comme l'a déclaré Gwendoline Abunaw, directrice générale d’Ecobank Cameroun et du Cluster CEMAC pour la présente transaction : « En finançant la croissance de champions camerounais tels que le groupe Cadyst sur de nouveaux marchés, nous contribuons directement à la diversification économique du pays et à son programme d’intégration régionale. »
Cette annonce s'inscrit dans une dynamique plus large de consolidation économique au Cameroun, illustrée non seulement par le rachat des filiales de Somdia (la Société du Grand Moulin du Cameroun et la Société du Grand Moulin du Phare au Congo-Brazzaville) mais aussi par la cession de la majorité de Chococam à Minkama Capital. Ces deux opérations majeures, dont la valeur cumulée est estimée à environ 96 milliards de FCFA (146,3 millions d’Euros), représentent un transfert stratégique d’entités de groupes étrangers (Castel et Tiger Brands) vers des entrepreneurs camerounais. Elles témoignent d'une dynamique visant à assurer une mainmise nationale sur des chaînes de valeur essentielles, de la transformation des céréales (minoterie) à la valorisation du cacao (chocolaterie).
L'acquisition de Somdia par Cadyst Group, finalisée le 6 août dernier, a permis à l'industriel Célestin Tawamba de consolider sa position de leader dans la minoterie régionale. La transaction, estimée entre 50 et 60 milliards de FCFA, porte sur des unités affichant des capacités cumulées de plus de 1 500 tonnes par jour de farine de blé et de produits dérivés. Le financement initial a mobilisé un consortium bancaire, avec Afriland First Bank jouant un rôle pivot en amont d’une opération en « plusieurs phases ». L'intervention d'Ecobank semble avoir été cruciale pour la partie transfrontalière, notamment l'achat de l'unité congolaise, sécurisant ainsi l'ancrage régional de Cadyst.
Parallèlement, la reprise de Chococam par Minkama Capital Ltd, annoncée le 11 novembre 2025, illustre une dynamique similaire dans les biens de consommation courante. La société sud-africaine Tiger Brands a cédé sa participation majoritaire de 74,69% dans l'historique Chocolaterie Confiserie Camerounaise. Bien que l'identité précise des fondateurs de Minkama Capital reste discrète, l'opération bénéficie du soutien financier d'une autre institution panafricaine : BGFIBank Group S.A. Cette banque gabonaise a arrangé un prêt syndiqué de 46,68 milliards de FCFA pour structurer l'acquisition. Ces deux projets, Somdia et Chococam, incarnent une ambition de souveraineté alimentaire et industrielle, où des acteurs nationaux gèrent désormais des entreprises employant des milliers de personnes et contrôlant des parts de marché significatives.
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Mais des modèles économiques à suivre
Cette vague de reprises par des nationaux ne se limite pas à l'agro-industrie. Elle s'inscrit dans une tendance continentale plus vaste, la financiarisation des capitaux africains. Le désengagement progressif des établissements bancaires européens, comme BNP Paribas ou Société Générale, a créé un vide rapidement comblé par des repreneurs panafricains. Un exemple éloquent est l'acquisition, annoncée également en août 2025, par Bosquet Investments Ltd (une firme camerounaise fondée par Alain Nkontchou) de la participation de 21,22 % de Nedbank Group dans Ecobank Transnational Incorporated. Évaluée à 100 millions de dollars, cette transaction renforce le contrôle majoritairement africain sur ce réseau bancaire couvrant 33 pays, soulignant la maturité croissante des capitaux du continent.
Néanmoins, la soutenabilité de ces business models pose des défis concrets. Pour Somdia, Cadyst doit rapidement maîtriser la gestion industrielle d'une chaîne d'approvisionnement en blé essentiellement importé, face à une forte volatilité des prix mondiaux. Pour Chococam, Minkama Capital doit affronter les contraintes de la filière cacao, la dépendance aux importations de sucre, et la nécessité de moderniser les usines. La dette élevée, notamment les 46,68 milliards de FCFA pour Chococam, amplifie les risques et exige une discipline financière stricte. C'est pourquoi la confiance des banques – Ecobank pour Cadyst, BGFIBank pour Minkama – est un indicateur clé de viabilité. En engageant de tels volumes, ces institutions valident les projections de cash-flow et de rentabilité des repreneurs, préfigurant une génération de valeur durable si ces défis techniques et financiers sont bien gérés.
Idriss Linge, Agence Ecofin
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