À l’heure où les relations entre l’Afrique et l’Europe se réinventent face aux défis économiques et géopolitiques, le Sénégal et l’Espagne ancrent leur partenariat dans une nouvelle vision de long terme. Une dynamique qui témoigne d’une volonté partagée de dépasser le cadre traditionnel de l’aide pour construire une relation plus équilibrée, bénéfique aux deux parties.
Le Sénégal et l’Espagne amorcent un nouveau cap dans leur coopération bilatérale, avec la signature de 6 accords. À l’issue de la visite de trois jours (24 au 26 mars) du président Bassirou Diomaye Faye à Madrid, les deux pays affichent leur volonté de consolider une relation ancienne, en l’orientant davantage vers la durabilité, la gouvernance et les échanges économiques comme culturels.
Au cœur de cette nouvelle dynamique figure la pêche, domaine emblématique de leur partenariat stratégique. Les deux parties ont signé un mémorandum d’entente mettant l’accent sur la durabilité des ressources, la formation, la recherche et la bonne gouvernance. Il accorde également une place centrale à la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), avec un appui espagnol attendu pour améliorer les capacités sénégalaises en matière de contrôle, d’inspection, de traçabilité et d’application de la réglementation.
Sur le front économique, le ministère espagnol de l’Économie, du Commerce et de l’Entreprise, a conclu à travers l’ICEX (España Exportación e Inversiones), un protocole d’accord avec l’Agence pour la promotion des investissements et des grands projets du Sénégal (APIX). L’objectif est de renforcer la circulation de l’information sur les politiques publiques, les réglementations et les incitations à l’investissement, tout en favorisant l’organisation de missions commerciales et d’événements conjoints. Les deux parties entendent aussi améliorer le climat des affaires grâce au partage d’expertise technique.
Coopération éducative
La coopération dans le secteur éducatif s’inscrit également parmi les priorités de cette nouvelle séquence diplomatique. Un accord a été signé pour développer des initiatives conjointes à différents niveaux d’enseignement, et encourager l’apprentissage de l’espagnol au Sénégal ainsi que du français en Espagne. À travers cet engagement, Dakar et Madrid veulent favoriser la mobilité des étudiants et des professionnels, enrichir les compétences linguistiques et renforcer la compréhension mutuelle entre les deux sociétés. Pour l’Espagne, cet accord participe aussi à la promotion internationale de la langue espagnole, et au renforcement de sa présence éducative et culturelle en Afrique subsaharienne.
Dans le domaine culturel, les deux pays sont convenu de mettre en place un cadre de collaboration consacré à la recherche archéologique et à la préservation du patrimoine culturel subaquatique. Cette coopération doit permettre l’échange d’expériences, d’outils et de méthodologies, tout en protégeant ce patrimoine contre les risques d’exploitation commerciale. L’enjeu est double : préserver la mémoire historique et renforcer les capacités de conservation.
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Tourisme : des projets pilotes
Le tourisme figure lui aussi parmi les secteurs appelés à bénéficier de cette relance bilatérale. Un accord spécifique prévoit la mise en œuvre de projets pilotes, d’investissements structurels et d’initiatives conjointes de développement touristique. Les deux pays veulent notamment valoriser des niches à fort potentiel, telles que les croisières fluviales et maritimes, l’agritourisme, ou encore l’observation des oiseaux, dans une logique de diversification de l’offre et d’attractivité des territoires.
À cet ensemble d’accords s’ajoute le nouveau Cadre de partenariat pour le développement durable, aligné sur le programme national de transformation « Vision Sénégal 2050 ». Prévu pour courir jusqu’en 2030, il est doté d’une enveloppe initiale de 180 millions d’euros qui traduit la volonté de l’Espagne de s’inscrire dans la durée aux côtés du Sénégal, en accompagnant ses priorités de transformation économique et sociale.
À l’heure du départ, le président sénégalais a salué une coopération « renforcée et tournée vers l’avenir ». Reste désormais l’épreuve décisive : celle de la mise en œuvre.