Les cours de la tantalite se situent désormais entre 173 et 181 euros la livre sur le marché européen, soit une progression d’environ 90 % depuis le début de l’année.
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Le tantale, métal indispensable à la fabrication de nombreux composants électroniques, provient majoritairement d’un minéral appelé tantalite, lui-même issu du coltan extrait en grande partie dans la région des Grands Lacs en Afrique. Cette dépendance expose le marché mondial à des perturbations locales, d'ordre sécuritaire, logistique ou politique.
Les prix de la tantalite, utilisée pour produire le tantale, ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de deux décennies. Cette hausse s’explique par des inquiétudes croissantes quant à la disponibilité de l’approvisionnement en République démocratique du Congo, principal producteur mondial, dans un contexte où la demande reste soutenue par l’essor des technologies numériques.
Selon les informations rapportées cette semaine par Reuters, les cours de la tantalite se situent désormais entre 200 et 210 dollars (entre 173 et 181 euros) la livre sur le marché européen, soit une progression d’environ 90% depuis le début de l’année.
Cette hausse intervient après un glissement de terrain survenu début mars à la mine de Rubaya, dans l’est de la RDC. Ce site avait déjà été touché fin janvier par un effondrement ayant fait plus de 200 morts, selon des sources locales.
La mine de Rubaya, qui produirait environ 15 % du coltan mondial, occupe une place stratégique dans l’approvisionnement international. Selon l’US Geological Survey, la RD Congo a représenté au total plus de 50% de la production mondiale de tantale en 2025, ce qui montre que toute interruption, même localisée, peut rapidement se répercuter sur les prix.
Des tensions récurrentes sur fond d’instabilité régionale
Les inquiétudes concernant Rubaya ne viennent pas que des accidents survenus ces derniers mois. La mine est située dans une zone contrôlée par le groupe armé M23.
De janvier à mai 2025, plusieurs sources concordantes avaient déjà rapporté une hausse de 25% des prix de la tantalite dans un contexte de progression des rebelles du M23 dans les villes productrices. Ils se négociaient entre 100 et 105 dollars (entre 86,62 et 90,95 euros) la livre sur le marché spot européen, soit les niveaux de prix les plus élevés depuis avril 2023.
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« Le conflit qui affecte l'est de la RDC rend difficile l'obtention de tantalite étiquetée légitime. [..] Vous pouvez passer une commande de matériel dans une province qui n’est pas touchée par le conflit, et les rebelles prennent le contrôle de la zone dans les deux semaines suivant la signature d’un accord. », indiquait à l’époque Reuters, citant un négociant anonyme.
Une dépendance mondiale à une région sous contrainte
Le tantale est utilisé dans de nombreux composants électroniques, notamment les condensateurs présents dans les smartphones, ordinateurs et équipements de télécommunication. Il entre également dans la fabrication d’alliages utilisés dans l’aéronautique ou certaines installations industrielles. Son approvisionnement dépend largement de la région des Grands Lacs. La RDC et le Rwanda concentrent à eux seuls plus de la moitié de l’offre mondiale de coltan, ce qui rend ces flux difficilement substituables à court terme.
Dans cette chaîne de valeur, la Chine occupe une position centrale. Une part importante du coltan extrait en Afrique est acheminée vers des raffineries et des industries de transformation chinoises, qui alimentent ensuite les chaînes de production électroniques mondiales. Cette concentration renforce la sensibilité du marché aux perturbations en amont, notamment en RDC.
L’Europe, de son côté, intervient davantage en aval. Les industriels européens dépendent de ces approvisionnements pour sécuriser la production de composants électroniques et d’équipements stratégiques. Ils sont en outre soumis à des exigences réglementaires strictes en matière de traçabilité, qui limitent l’accès à certaines sources lorsque des risques de financement de groupes armés sont identifiés. Ces contraintes contribuent à réduire les volumes considérés comme « responsables » sur le marché, accentuant les tensions en période de perturbation de l’offre.
Pour la RDC, premier producteur mondial, ces dynamiques soulèvent des enjeux à la fois économiques et politiques. Si la hausse des prix peut soutenir les revenus du secteur, elle s’accompagne aussi d’une pression accrue sur la gouvernance des ressources, dans un contexte où une partie de la production échappe encore aux circuits formels.