Yvette Cooper (à gauche) et Ahmed Shide (à droite) à Addis Abeba, le 1ᵉʳ février 2026, lors de la signature de l’accord de développement conjoint avec Gridworks, premier PPP pour renforcer le réseau de transport d’électricité en Éthiopie.
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Avec 340 millions d’euros, Londres s’attaque à l’un des maillons faibles de l’électricité en Éthiopie
Les nouveaux investissements dans le transport électrique visent à renforcer l’accès, moderniser le réseau et soutenir la croissance industrielle en Éthiopie. Ils ouvrent également des opportunités pour les investisseurs privés dans un secteur en pleine évolution.
L’Éthiopie a annoncé cette semaine la signature d’accords portant sur environ 400 millions de dollars (environ 340 millions d’euros) d’investissements dans des lignes de transport d’électricité. Conclus avec Gridworks, investisseur public britannique spécialisé dans les réseaux électriques africains, ce sont les premiers partenariats public-privé (PPP) dans le segment du transport d’électricité du pays.
Les accords ont été signés à l’occasion d’une visite à Addis-Abeba de la ministre des Affaires étrangères britannique Yvette Cooper. Ils s’inscrivent dans la stratégie du gouvernement éthiopien visant à ouvrir progressivement le secteur à des capitaux privés, tout en répondant à des besoins d’infrastructures devenus critiques.
Deux lignes clés pour le réseau national
Le premier projet concerne la ligne Degehabur–Kebridehar destinée à relier la région Somali aux réseaux du centre et du nord-est du pays. Cette zone affiche un faible taux d’électrification et reste partiellement isolée du réseau principal. Le projet vise à améliorer l’accès à l’électricité et à désenclaver la région.
Le second projet porte sur la ligne Hurso–Ayisha. Cette infrastructure doit faciliter l’intégration de capacités éoliennes et solaires dans le nord-est du pays et renforcer l’interconnexion avec Djibouti, soutenant ainsi les échanges régionaux d’électricité.
Selon le ministre éthiopien des Finances, Ahmed Shide, ces deux projets doivent contribuer à améliorer la fiabilité du réseau, répondre à la demande industrielle croissante et préparer l’extension de l’électrification vers des zones encore mal desservies. Et d’ajouter que ces initiatives contribueront à l’objectif national de connecter 96 % de la population au réseau et porter la capacité disponible à près de 20 GW d’ici 2030, conformément au plan de développement décennal du pays.
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Le défi de l’acheminement de l’énergie
Ces investissements interviennent dans un contexte où le principal défi du secteur électrique éthiopien ne réside pas seulement dans la production, mais dans l’acheminement de l’énergie. Selon les données du National Energy Compact, environ 44% des Éthiopiens bénéficient aujourd’hui d’un service électrique de base, une situation en partie liée aux insuffisances du réseau.
Les chiffres relayés récemment par Agence Ecofin montrent que les lignes de transmission totalisent 20 390 km, tandis que les réseaux de distribution atteignent 179 000 km, des niveaux jugés insuffisants au regard de l’étendue du territoire et de la croissance de la demande. Les pertes demeurent élevées, ce qui pèse sur la fiabilité du service et la performance financière du secteur.
Pour y remédier, le gouvernement prévoit d’étendre le réseau de transmission à 30 000 km et celui de distribution à 456 000 km d’ici 2030, tout en réduisant les pertes. La capacité électrique nationale sera augmentée, avec une hausse de la part des renouvelables hors hydroélectricité.
La production doit suivre
Ces projets de renforcement du réseau revêtent une importance particulière alors que l’Éthiopie avance côté production. En septembre 2025, le Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil Bleu a été inauguré après quatorze ans de travaux. Conçu pour devenir le plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique, il doit atteindre une capacité installée de 5 150 MW, plus du double de la production actuelle.
Dans ce contexte, l’arrivée d’investisseurs étrangers offre de nouvelles possibilités de financement pour l’État. L’enjeu sera de s’assurer que ces investissements complètent efficacement les projets existants, tout en clarifiant les conditions contractuelles. Ces questions seront centrales pour que le potentiel énergétique du pays se traduise réellement en développement industriel.