Vendredi 30 janvier, l’argent a subi sa plus forte chute depuis 1980, perdant 30 % de sa valeur en une journée après des semaines de spéculation intense. Malgré ce krach, les cours amorcent un rebond plus rapide que prévu, portés par une demande physique robuste et un statut de valeur refuge. Les experts analysent ce cycle marqué par la dédollarisation et la rareté structurelle du métal gris.Ils l’expriment de plusieurs manières, mais les spécialistes sont unanimes : « Lorsque les particuliers s’intéressent à un actif, cela signifie souvent la fin d’un cycle », explique Romain Houet, directeur de gestion chez MCA Finance. Chez Saxo Bank, on confirme : « Lorsque l’or ou l’argent deviennent des sujets brûlants à table et sur les lieux de travail, c’est souvent le signe d’une phase particulière [qui] approche de son épuisement », analyse Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières pour la banque danoise.
Vendredi 30 janvier, après plusieurs semaines de hausse et de fortes spéculations, les deux métaux précieux se sont écroulés. L’argent a perdu 30 % de sa valeur par rapport au point haut du 29 janvier. C’est sa plus grande chute depuis 1980. Mais, depuis lors, les cours remontent plus vite que prévu.
Valeur refuge via les ETF
En dépit de ce krach hivernal, l’argent conserve un gain de 163 % sur un an. Difficile de rivaliser. Pourtant, le « Cendrillon des métaux précieux » est traditionnellement volatil. Lorsque l’or monte, l’argent grimpe plus vite. Il choit aussi plus lourdement. Historiquement, sa volatilité est 1,5 à 2 fois plus élevée que celle de l’or. Ainsi, l’argent rejoint l’or dans le club très fermé des valeurs refuges, dopées par les crises et le désordre mondial.
« Il y a dans la hausse des derniers mois quelque chose de très structurel et qui est difficile à mesurer : c’est la recherche de rareté dans un monde où avoir du dollar ne protège plus », analyse Romain Houet.
Pourtant, alors que les banques centrales — moteurs de la hausse — ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or en 2025, elles n’ont pas fait de même avec l’argent. La Saudi Central Bank s’est exposée via des ETC (Exchange Traded Commodity, un équivalent des ETF pour les matières premières) et la Russie a évoqué l’idée d’élargir le périmètre des métaux stockés. Finalement, aucune banque centrale n’a encore constitué de réserves physiques d’argent. La fonction refuge du métal se manifeste essentiellement grâce à des ETF et des ETC. « Les investisseurs ont acheté massivement ces ETF, ETC adossés à l’argent », constate Romain Houet.