" On voit réapparaître des ingrédients qui nous font penser à la crise passée ", a déclaré la seconde sous-gouverneure de la Banque de France, Agnès Bénassy-Quéré, lors de la présentation d’un rapport sur la stabilité financière ce mercredi 24 juin.
La Banque de France a fait mercredi un parallèle entre la place prise aujourd’hui par la dette dite « privée », car accordée à des entreprises par des prêteurs non bancaires, et celle des subprimes peu avant 2008, responsables du déclenchement de la dernière grande crise financière.
Peut-on faire un parallèle entre la place prise aujourd’hui par la dette dite « privée » et l’avant-crise des subprimes ? La Banque de France, en tout cas, identifie des signaux financiers comparables.
« On voit réapparaître des ingrédients qui nous font penser à la crise passée », a déclaré la seconde sous-gouverneure de la Banque de France, Agnès Bénassy-Quéré, lors de la présentation d’un rapport sur la stabilité financière ce mercredi 24 juin.
Les montants en jeu « sont assez comparables, de l’ordre de 1 500 milliards de dollars pour les subprimes en 2006, soit le même ordre de grandeur pour le crédit privé » aujourd’hui à l’échelle mondiale, a-t-elle indiqué. Une différence cependant : l’économie s’étant largement développée en vingt ans, la taille relative du crédit privé est plus faible que ne l’était celle des subprimes, crédits hypothécaires alors accordés à tour de bras à des ménages modestes peu solvables.
Le crédit privé « opaque en termes de valorisation »
Le crédit privé est « assez opaque en termes de valorisation », a relevé Agnès Bénassy-Quéré, et présente des difficultés pour savoir exactement « qui détient quoi ». Cela est dû notamment au phénomène de titrisation, déjà accusé de tous les maux en 2008. Il revient à regrouper des crédits pour les transformer en actifs destinés à être vendus en « tranches » sur les marchés financiers. Ces produits structurés transfèrent le risque de défaut d’un prêteur initial à d’autres, le rendant difficile à mesurer dans les bilans des acteurs financiers au fil des différentes structurations et reventes.
« Comme ce n’est pas un marché organisé, on peut avoir le même phénomène de défiance qu’on a connu en 2008 », a prévenu l’économiste. Toutefois, les institutions exposées « ne sont pas très endettées », a-t-elle précisé, contrairement aux emprunteurs immobiliers américains du mitan des années 2000.
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L’exposition limitée pour les acteurs financiers français
L’exposition est a priori limitée pour les acteurs financiers français, d’environ 1 % pour les assureurs, moins pour les banquiers, selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France. Le marché du crédit privé, en développement depuis une dizaine d’années, traverse depuis fin 2025 une période de défiance, notamment aux États-Unis.
« L’exposition croissante du crédit privé au secteur de l’IA [intelligence artificielle] rend par ailleurs cette classe d’actifs vulnérable » si les revenus de ce secteur ne sont pas à la hauteur des attentes, ajoute la Banque de France dans son rapport.
L’institution a également attiré l’attention sur les marchés d’actions aux États-Unis, très largement tirés par quelques valeurs technologiques. Ils « restent vulnérables à un brusque retournement », a averti Agnès Bénassy-Quéré.
La banque centrale française note enfin la place de plus en plus importante prise par les fonds dits « alternatifs », ou « hedge fund », dans la détention de la dette souveraine française.