Virements instantanés, faux SMS, faux appels : la fraude bancaire change de terrain en France
latribune.fr
Sur les six premiers mois de l'année, la fraude à la carte bancaire a chuté en France à 211 millions d'euros, soit une baisse de près de 10 % sur un an.
Malgré une baisse historique des fraudes à la carte bancaire, le montant total des escroqueries progresse en France, porté par l’essor rapide de nouvelles formes d'arnaques fondées sur la manipulation des consommateurs et les virements.
Malgré un recul historique de la fraude à la carte bancaire, les fraudeurs n’ont pas désarmé. Ils déplacent leurs attaques vers des techniques plus sophistiquées, reposant davantage sur la manipulation psychologique que sur l’exploitation directe de failles technologiques. C’est l’un des principaux enseignements des chiffres publiés pour le premier semestre 2025 par la Banque de France et l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP).
Sur les six premiers mois de l’année, la fraude à la carte bancaire a chuté à 211 millions d’euros, soit une baisse de près de 10 % sur un an. Le taux de fraude atteint ainsi 0,048 %, correspondant à 48 euros fraudés pour 100 000 euros de paiements par carte. Un niveau qualifié de plus bas « historique » par le rapport. Cette amélioration concerne « la quasi-totalité des usages de la carte », souligne l’OSMP, qu’il s’agisse des paiements en ligne ou de ceux « initiés par courrier ou appel téléphonique ».
Mais derrière ce succès apparent se cache une réalité plus contrastée. Le montant total des fraudes, tous moyens de paiement confondus, a progressé de plus de 7 % sur un an pour atteindre 618,4 millions d’euros, une hausse supérieure à celle des paiements eux-mêmes (+5 %). Pour l’OSMP, cette évolution ne remet pas en cause « la bonne maîtrise des taux de fraude », mais elle révèle un changement profond dans les stratégies des cybercriminels.
Ingénierie sociale
Face au renforcement continu de la sécurité des cartes bancaires, ces derniers privilégient désormais des attaques ciblant directement les utilisateurs. Les « fraudes par manipulation » en sont l’illustration la plus marquante : leur montant a bondi de 37 % pour atteindre 245 millions d’euros au premier semestre. Ces escroqueries reposent sur l’ingénierie sociale, visant à tromper les victimes pour les amener à valider elles-mêmes des opérations frauduleuses.
« Les fraudeurs utilisent désormais des numéros banalisés de type 06 et 07 pour parvenir à leurs fins, que ce soit pour adresser des SMS frauduleux ou passer des appels usurpant l’identité d’un tiers », explique l’OSMP. Ces pratiques brouillent les repères habituels des consommateurs, qui associent encore souvent les tentatives de fraude à des numéros inconnus ou internationaux. En se fondant dans les usages quotidiens, les escrocs augmentent considérablement leur taux de succès.
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Instantanéité
Autre point de vigilance : la montée en puissance de la fraude sur les virements, notamment instantanés. La rapidité d’exécution de ces virements, conçus pour fluidifier les échanges économiques, laisse peu de marge de manœuvre pour détecter ou annuler une opération frauduleuse une fois celle-ci déclenchée. Dans ce domaine, la vérification de l'identité associée au compte du bénéficiaire, mise en place en octobre dernier, devrait permettre d'endiguer une partie du phénomène.
La Fédération bancaire française (FBF) a salué la baisse de la fraude sur les cartes bancaires et les chèques, qu’elle attribue à « la forte mobilisation des banques françaises ». Mais elle appelle à une réponse collective face aux nouvelles menaces. L’augmentation de la fraude sur les virements et de la fraude par manipulation « appelle à une prise de conscience de l’ensemble des parties prenantes, notamment les plateformes internet et réseaux sociaux, etc. »