Pour sa première prise de parole comme président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh a acté un statu quo monétaire, maintenant les taux entre 3,5 % et 3,75 %. Lors de son premier discours, il a présenté les nouveaux chantiers de l'institution monétaire.
Des débuts mouvementés. Kevin Warsh a tenu mercredi sa première conférence de presse en qualité de nouveau président de la Fed. Après deux jours de réunion, les membres de la Réserve fédérale américaine ont rendu leur décision sur les taux et se sont accordés pour maintenir un statu quo.
Le discours de l’ancien faucon et surtout les prévisions de l’institution n’ont pas rassuré les marchés qui pensent désormais qu’une hausse de taux dans les prochains mois est de plus en plus envisageable. La cause ? La remontée de l’inflation due au contexte de la guerre au Moyen-Orient. La Tribune décortique les quatre points principaux du discours de Kevin Warsh.
Stabilité des prix
La Fed a décidé de maintenir le taux directeur entre 3,5 % et 3,75 %. Selon les projections de l’institution, les taux pourraient même monter d’un quart de point de pourcentage dans l’année. Dans son discours, Kevin Warsh a fait de l'inflation l'une de ses principales luttes en indiquant qu'elle était « un fardeau pour le peuple américain ». « Ce comité rétablira la stabilité des prix », a insisté l’homme de 56 ans.
Une éventuelle hausse des taux risque de ne pas plaire à Donald Trump. Le milliardaire a menacé durant de longs mois l’ancien président de la Fed, Jerome Powell, car il ne baissait pas assez vite les taux. Pourtant, le locataire de la Maison-Blanche ne s’est pas indigné contre la décision de l’institution, ni contre le discours de Warsh. « C'est OK, peu importe », a-t-il déclaré depuis Versailles. « On a un très bon gars là-bas maintenant, donc je me laisse guider par ce qu'il veut », a-t-il complété.
Nouvelle communication
Pour son nouveau mandat, Kevin Warsh souhaite revoir notamment la communication de la Banque centrale. « À ce sujet, vous avez peut-être déjà remarqué quelque chose : une différence dans la déclaration de politique monétaire publiée aujourd'hui », a-t-il indiqué dans son discours, « elle est un peu plus courte, un peu plus simple et abandonne certaines formulations héritées du passé ».
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En effet, le communiqué de presse publié à la suite de la réunion est très concis. Une centaine de mots contre plus de 300 auparavant. Il mentionne la décision de la banque, le nombre de votes du comité et quelques phrases sur le contexte économique.
Éviter les prévisions
« Cette déclaration se contente de vous présenter les faits, tels que nous les évaluons », précise Kevin Warsh. La « forward guidance » — ou orientations prospectives que fournit l'institution après chaque réunion pour informer sur la probable orientation future de la politique monétaire — est ainsi absente de cette nouvelle déclaration. « Nous avons estimé collectivement qu'elle n'était pas adaptée à la situation actuelle de politique monétaire », a-t-il affirmé.
Le nouveau président de la Fed n’est pas non plus un adepte de la « synthèse des prévisions économiques » (SEP), un document contenant les projections économiques de la Fed. Si les participants du comité ont soumis leurs prévisions, Kevin Warsh s’est de son côté abstenu de donner les siennes, « conformément aux réserves que j'ai toujours exprimées à l'égard du SEP, du moins sous sa forme actuelle », a-t-il précisé.
Des groupes de travail
C'est l'une des annonces les plus importantes du nouveau président de la Fed : la constitution de groupes de travail qui donnent des clés sur la politique que Kevin Warsh compte mener lors de son mandat. « Pour chacun de ces groupes de travail indépendants, je vais réunir certains des meilleurs experts, issus aussi bien de la profession économique que d'autres disciplines », a-t-il détaillé.
Le premier concerne la communication, évoquée précédemment. Le deuxième groupe est consacré au bilan de la Fed. Il devra examiner « les avantages et les risques du régime actuel de réserves abondantes ainsi que la composition du bilan de la banque centrale », a précisé Kevin Warsh. Ce dernier a exprimé par le passé de fortes critiques à l’égard de l’institution américaine pour avoir grandement élargi son bilan, c’est-à-dire avoir acheté en grandes quantités des obligations américaines. Il pourrait ainsi envisager de rétrécir le bilan de la banque centrale.
Un troisième groupe sera dédié aux données. Il « évaluera de nouvelles sources d'information et examinera des évolutions méthodologiques susceptibles d'améliorer la collecte des données », a promis l'ancien faucon dans son discours. Le but est de fournir des informations plus précises et « directement exploitables pour évaluer l'état de l'économie » en amont des décisions monétaires.
Le quatrième groupe sera consacré à la productivité et à l'emploi, dans le contexte du développement de l’intelligence artificielle. Pour rappel, l’emploi est un des objectifs de la banque centrale américaine. Le cinquième groupe travaillera sur l’autre mission de l’institution : garder l’inflation autour des 2 %.