Introductions en Bourse : le premier semestre de tous les records

L'envolée du montant des IPO s'explique en grande partie par la cotation spectaculaire de SpaceX début juin.
/FW1FP/Pooja Desai - REUTERS - Brendan McDermid

L'envolée du montant des IPO s'explique en grande partie par la cotation spectaculaire de SpaceX début juin.
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Après plusieurs années de disette, les marchés des introductions en Bourse connaissent un spectaculaire réveil. Portée par les besoins colossaux de financement de l’intelligence artificielle et, dans une moindre mesure, de la défense, l’année 2026 s’annonce déjà comme un millésime exceptionnel pour les IPO mondiales. Mais cette euphorie reste largement concentrée sur les États-Unis et la Chine, tandis que le risque d’une bulle sur l’IA plane sur les marchés.
Au premier semestre, les entreprises ont levé 194 milliards de dollars lors de leurs introductions en Bourse à travers le monde, selon les données d’EY. Un montant trois fois supérieur à celui enregistré à la même période en 2025 et déjà supérieur au total de l’ensemble de l’année dernière.
Cette envolée s’explique en grande partie par la cotation spectaculaire de SpaceX début juin. L’entreprise d’Elon Musk a levé à elle seule 86 milliards de dollars, un record historique qui propulse les volumes mondiaux à des niveaux inédits depuis 2021, lorsque les politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales facilitaient le financement des entreprises au sortir de la pandémie.
Pour les spécialistes, cette nouvelle vague d’introductions en Bourse répond avant tout aux besoins immenses de financement des champions de l’intelligence artificielle. Cette « frénésie se concentre sur quelques secteurs en plein essor », à savoir « l’IA et la tech », mais aussi « l’aérospatiale et la défense », explique Matthew Kennedy, responsable de la stratégie chez Renaissance Capital.
Les investissements nécessaires au développement des infrastructures d’IA atteignent désormais plusieurs centaines de milliards de dollars. Dans ce contexte, les financements privés et l’endettement ne suffisent plus, poussant les entreprises à se tourner vers les marchés boursiers.
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

Les investisseurs suivent le mouvement. « Il y a la perception que l’IA répond à long terme à un besoin de l’économie, et que c’est maintenant qu’il faut investir », souligne Philippe Kubisa, associé chez PwC France.
La dynamique est très largement américaine. Huit des dix plus importantes introductions en Bourse réalisées depuis le début de l’année ont eu lieu aux États-Unis, dont la moitié sur le Nasdaq, la place de référence des valeurs technologiques.
Le mouvement pourrait encore s’accélérer avec les très attendues cotations d’OpenAI et d’Anthropic, dont les valorisations atteignent déjà plusieurs centaines de milliards de dollars sur les marchés privés.
Selon Cédric Garcia, associé chez EY, les « mesures de dérégulation financière prises par Donald Trump depuis le début de son mandat » contribuent également à fluidifier les opérations. « On observe même une volonté d’en lancer le plus possible avant les élections de mi-mandat en novembre, car une victoire des démocrates pourrait menacer ces mesures », ajoute-t-il.
La Chine connaît elle aussi un fort regain d’activité, mais selon une logique différente. Face au durcissement des restrictions sur les mouvements de capitaux entre Pékin et Washington, les entreprises technologiques chinoises privilégient désormais Hong Kong. « Des entreprises chinoises qui se seraient auparavant financées aux Etats-Unis se tournent désormais vers Hong Kong », observe Cédric Garcia.
La place financière hongkongaise a ainsi levé 48 milliards de dollars depuis janvier, son meilleur niveau depuis cinq ans selon PwC. Parmi les plus importantes opérations figure Victory Giant, fournisseur de Nvidia, qui a levé 3 milliards de dollars et se classe quatrième plus grosse introduction mondiale de l’année.
D’autres poids lourds chinois de l’IA pourraient prochainement rejoindre les marchés, notamment DeepSeek, Moonshot AI, Kunlunxin — filiale de Baidu spécialisée dans les semi-conducteurs — ou encore Zhongji Innolight, fabricant de composants optiques.
Cette embellie pourrait toutefois être fragilisée par les interrogations croissantes sur la valorisation des entreprises liées à l’intelligence artificielle. Depuis plusieurs mois, les valeurs du secteur connaissent de fortes turbulences en Bourse, alimentant les craintes d’une bulle spéculative.
Pour Philippe Kubisa, ces « gigantesques opérations peuvent déjà assécher le marché et sont susceptibles de créer des situations dans lesquelles il y a plus d’offre que de demande », ce qui pèse sur les cours.
Même constat chez EY. Si une bulle venait à éclater, « ou si les cours se négociaient durablement à la baisse, le flux pourrait se tarir », prévient Cédric Garcia. Un premier signal est déjà apparu : depuis la mi-juillet, l’action SpaceX est passée sous son prix d’introduction.
En dehors des deux géants américain et chinois, la reprise des introductions en Bourse demeure beaucoup plus modeste. L’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique n’ont levé que 16 milliards de dollars depuis le début de l’année, un niveau stable par rapport à 2025. Faiblement exposée aux géants mondiaux de la technologie, la région bénéficie néanmoins du regain d’intérêt des investisseurs pour les entreprises de défense.
La principale opération européenne est ainsi venue du groupe tchèque d’armement CSG, introduit à Amsterdam pour 4,47 milliards de dollars, soit la troisième plus importante IPO mondiale depuis le début de l’année. L’essor de la défense offre ainsi au Vieux Continent un relais de croissance, sans toutefois rivaliser avec la vague d’introductions alimentée par l’intelligence artificielle aux États-Unis et en Chine.