Plus de 60% des maisons individuelles françaises, soit 12,1 millions de logements, sont situées dans des zones d'exposition moyenne ou forte à ce risque.
Stephane MOUCHMOUCHE - Stéphane Mouchmouche / Hans Luc - Stéphane Mouchmouche / Hans Lucas - Stéphane Mouchmouche
Le retrait-gonflement des argiles, aggravé par le changement climatique, pourrait coûter en France jusqu'à 500 milliards d'euros sur les prochaines décennies, alerte la Caisse centrale de réassurance.
Le retrait-gonflement des argiles (RGA), phénomène amplifié par le changement climatique et responsable de milliers de fissures sur les maisons françaises, représente désormais le principal risque naturel auquel le pays est confronté. Son coût de prise en charge pourrait atteindre 500 milliards d’euros sur les prochaines décennies, a averti mercredi le directeur général de la Caisse centrale de réassurance (CCR), Édouard Vieillefond.
Invité de BFM Business, le dirigeant a qualifié le RGA de « risque principal aujourd’hui (...) le plus fort en France » parmi l’ensemble des catastrophes naturelles. Un constat qui illustre l’ampleur croissante d’un phénomène longtemps resté dans l’ombre des inondations ou des tempêtes, mais dont les conséquences économiques s’annoncent considérables.
Selon le site public Géorisques, plus de 60 % des maisons individuelles françaises, soit 12,1 millions de logements, sont situées dans des zones d’exposition moyenne ou forte à ce risque. En cause, la présence de sols argileux qui gonflent lorsqu’ils absorbent l’eau lors des épisodes pluvieux, puis se rétractent en période de sécheresse. Ces mouvements successifs fragilisent les fondations et provoquent l’apparition de fissures caractéristiques sur les bâtiments.
Une facture colossale
Pour Édouard Vieillefond, l’addition pourrait devenir vertigineuse. « Si on fait par exemple une réparation moyenne à 30.000 ou 40.000 euros, vous voyez que c’est un dossier à 500 milliards d’euros, dans les dizaines d’années, dans les cinquante ou les cent années qui arrivent ».
Le RGA est aujourd’hui couvert par le régime français des catastrophes naturelles, financé par les assurés via leur contrat d’assurance habitation et réassuré par la CCR, au même titre que les inondations ou les séismes. Mais face à un phénomène appelé à s’intensifier avec le réchauffement climatique, le modèle actuel risque d’être mis sous pression.
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Pour le patron de la CCR, une telle facture ne pourra être absorbée uniquement par les indemnisations. « Avec ce montant en jeu, la situation « ne se gère que par la prévention » et par la mise en place de dispositifs d’aide, a-t-il estimé. Il plaide pour un système de financement associant les pouvoirs publics et les assureurs afin de favoriser les travaux préventifs avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.
L’objectif serait également de simplifier les démarches pour les particuliers confrontés à ce risque. « Un particulier doit pouvoir appeler quelqu’un, par exemple son assureur, en disant +est-ce que je suis éligible ? Est-ce que je peux avoir quelque chose ? Et même est-ce que vous pouvez vous en occuper ? Parce que la démarche administrative est évidemment extrêmement complexe, et lourde », a proposé Édouard Vieillefond.
À mesure que les épisodes de sécheresse se multiplient, le retrait-gonflement des argiles s’impose ainsi comme l’un des principaux défis du système français d’assurance des catastrophes naturelles, avec des enjeux financiers qui se chiffrent désormais en centaines de milliards d’euros.