Le cash coûte cher : les banques accélèrent la mutualisation des distributeurs

Les billets reculent dans les usages du quotidien, et les distributeurs suivent la même trajectoire.
THO//CVI - REUTERS - Thomas Hodel

Les billets reculent dans les usages du quotidien, et les distributeurs suivent la même trajectoire.
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La disparition des distributeurs automatiques de billets se poursuit en France. Sous l’effet de la baisse des paiements en espèces et de la nécessité pour les banques de réduire leurs coûts, près de 1.800 DAB ont encore été retirés du territoire en 2025. Pour autant, les autorités financières estiment que le maillage reste suffisamment dense pour garantir l’accès des Français au liquide.
Les billets reculent dans les usages du quotidien, et les distributeurs suivent la même trajectoire. Selon le rapport annuel du Comité national des moyens de paiements (CNMP), présidé par la Banque de France, le nombre de distributeurs automatiques de billets (DAB) est passé de 42.573 fin 2024 à 40.804 fin 2025, soit une baisse de 4,2 % en un an. Depuis 2018, le parc a fondu de 22,5 %, avec plus de 11.800 automates en moins.
Autrement dit, les banques françaises suppriment désormais près de cinq distributeurs par jour depuis plusieurs années. Une évolution qui traduit à la fois la diminution de l’utilisation des espèces pour les achats courants et la volonté des établissements bancaires de contenir les coûts liés à la gestion du cash. « Les banques poursuivent l’ajustement de leurs parcs de DAB » afin « de maîtriser le coût de gestion des espèces », constate le CNMP dans son rapport annuel. Elles contribuent, ce faisant, à leur pérennité, ajoute l’instance.
Malgré ce recul, la Banque de France relativise l’ampleur du phénomène. 98,6 % de la population française reste située à moins d’un quart d’heure en voiture d’un distributeur automatique. Les 40.804 DAB sont répartis sur 28.660 sites, implantés dans environ 6.500 communes.
Le nombre de sites recule d’ailleurs moins rapidement que celui des automates, avec une baisse limitée à 2,7 % sur un an. Une évolution qui traduit notamment la mutualisation croissante des réseaux bancaires.
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Le CNMP prend également en compte les nouveaux points d’accès aux espèces proposés dans les commerces. Supérettes, boulangeries ou bureaux de tabac peuvent ainsi permettre à certains clients de banques partenaires de retirer de l’argent liquide lors d’un paiement par carte. Ces « points privatifs » ont progressé de 5,5 % en un an, pour atteindre 30.057 commerces. Une solution qui reste toutefois différente d’un véritable distributeur automatique, notamment en matière de disponibilité ou de montants accessibles.
« On est toujours à un excellent niveau » d’accessibilité des espèces, s’est félicité Alexandre Stervinou, directeur des études et de la surveillance des paiements à la Banque de France. Même constat du côté de la Fédération bancaire française (FBF). « Il n’y a aucun problème d’accès aux espèces en France », a assuré son président Daniel Baal.
Face à la baisse de fréquentation des automates et à l’augmentation des coûts d’exploitation, les banques cherchent désormais à mutualiser leurs infrastructures. C’est notamment l’objectif de Cash Services, la structure créée par la Société Générale, BNP Paribas et Crédit Mutuel Alliance fédérale, qui regroupe leurs réseaux de distributeurs.
La société 2SF, qui porte ce dispositif, prévoit d’exploiter environ 6.000 sites d’ici la fin de l’année, contre près de 10.000 auparavant pour les trois groupes réunis. « S’il n’y a pas de mise en commun, chaque banque se retrouve isolée face à la baisse d’activité, significative, et la hausse des coûts, significative aussi », souligne Olivier Fournier, président de 2SF.
Ces nouveaux automates proposent également davantage de services, comme le dépôt de chèques ou d’espèces, afin de maintenir leur utilité au-delà du simple retrait de billets.
Le recul des banques traditionnelles a également ouvert un espace aux spécialistes de la distribution de cash. Loomis, Brink’s et Euronet exploitent désormais 1.809 distributeurs en France, un nombre quasiment multiplié par deux en un an. Ces acteurs sont notamment sollicités par des collectivités locales qui souhaitent conserver un accès aux espèces dans des territoires où la dernière agence bancaire a disparu. Certaines communes choisissent ainsi de financer directement l’installation ou le maintien d’un distributeur.
Dans un communiqué commun, le ministère de l’Économie et la Banque de France ont rappelé leur vigilance sur ce sujet. « Très attentifs à la préservation de l’accès de chaque citoyen français aux espèces », ils soulignent que les billets restent un outil essentiel pour certaines catégories de population. « Les espèces sont un moyen de paiement particulièrement résilient et inclusif », insistent-ils, notamment pour les personnes âgées, les ménages modestes qui gèrent leur budget au quotidien ou encore les personnes protégées sous tutelle ou curatelle renforcée.
Malgré la montée en puissance du paiement électronique et du sans-contact, les espèces restent loin d’avoir disparu. Les retraits aux distributeurs ont représenté près de 100 milliards d’euros l’an dernier en France. « Nous on produit des billets, on a donc intérêt à faire en sorte que le privé qui les distribuent ait un maillage (...) qui soit le plus important possible », a expliqué Alexandre Stervinou.
À l’échelle mondiale, le cash conserve également une place importante. Plus de 1.600 milliards d’euros de billets circulent aujourd’hui dans le monde, soit quatre fois plus qu’au lancement de la monnaie unique européenne en 2002. Une grande partie de ces liquidités reste d’ailleurs conservée hors des circuits bancaires, dans les coffres, les entreprises ou encore chez les particuliers.