Pour atténuer leurs dégâts sur le climat, les cimentiers étudient une gigantesque infrastructure pour capter, traiter et enfouir le carbone émis par les usines de l'Ouest de la France. Le projet va nécessiter des installations colossales et énergivores, pour des procédés encore méconnus.Elle ne sera pas le point culminant de la cimenterie nouvelle génération, mais la cheminée du four concentrera une grande partie de l'attention. A Airvault, dans les Deux-Sèvres, le chantier de reconstruction mené par le géant allemand du ciment Heidelberg Materials touche à sa fin. Une impressionnante tour à cyclones carrée culmine à près de 100 mètres de hauteur et contribuera à abandonner les combustibles fossiles du site. Derrière elle, la cheminée du four n'en est pas moins cardinale.
C'est d'elle que s'échapperont toujours les deux tiers des émissions de CO2 habituelles du site, que même le vaste chantier à 350 millions d'euros n'aura pas réussi à matraquer. Pour éviter de laisser 1 million de tonnes de dioxyde de carbone s'en échapper chaque année, l'industriel devra exécuter la deuxième phase de son plan.
D'ici le début des années 2030, il veut installer, le long de la paroi de la cheminée, une unité de captage et de traitement des fumées.
Dans les vapeurs indésirables, de l'oxygène, des oxydes de soufre, d'azote, et surtout, du CO2. La technologie, développée par l'entreprise Air Liquide, vise à tirer les fumées issues de la combustion de la roche calcaire immanquable pour fabriquer le ciment tant convoité. Les rejets seraient refroidis, lavés et dépoussiérés dans un premier temps puis comprimés et séchés avant d'être refroidis par -50 degrés. Cette température permet de dissocier et isoler le dioxyde de carbone sous forme gazeuse : c'est ce que l'on nomme la séparation cryogénique du CO2.
2,2 millions de tonnes en jeu
Dans l'Ouest de la France, elles sont trois usines à vouloir capturer le carbone avec des procédés similaires. Il y a la cimenterie de Lafarge située à Saint-Pierre-la-Cour en Mayenne, en plus de celle d'Heidelberg dans les Deux-Sèvres. La troisième est celle du fabricant de chaux Lhoist également implantée en Mayenne, à Neau, qui n'a pas encore identifié de technologie adaptée à son procédé. En 2024, elles constituaient respectivement les 6e, 16e et 46e sites industriels les plus émetteurs du pays, selon Réseau action climat.