La décarbonation des cimenteries est bel et bien lancée, comme en témoigne la finalisation du chantier d’Airvault, dans les Deux-Sèvres, par Heidelberg Materials. Mais pour concrétiser leur mue, les industriels préviennent qu’ils ne pourront pas séquestrer le carbone restant sans un soutien massif de l’État.700 personnes mobilisées, 20 hectares de superficie, 350 millions d'euros d'investissement pour réduire de 30 % l'empreinte carbone du ciment. C'est un chantier colossal à tous points de vue qui illustre le virage pris par l'industrie du ciment. À Airvault, dans les Deux-Sèvres, Heidelberg Materials reconstruit une usine centenaire, dans ce quart nord-ouest de la France qui produit 40 % du ciment tricolore.
Les opérations débutées en 2022 doivent aboutir en fin d'année. Sur place, un immense broyeur nouvelle génération bardé de tuyaux est en cours d'assemblage et sera capable d'avaler 250 tonnes de matière par heure. Quelques mètres plus loin, une tour à cyclones, sorte de beffroi qui fera monter la matière en température, commence à gratter le ciel et dépassera bientôt les 100 mètres d'altitude.
Cette épreuve s'inscrit dans une campagne plus vaste menée par le groupe allemand dans quatre cimenteries françaises. Le but : modifier ou reconstruire les lignes de production pour les sevrer des combustibles fossiles, en particulier la coke de pétrole et le charbon. Ainsi, Heidelberg Materials pourra réduire d'un tiers les émissions carbone de la tonne de ciment produite.
Solution de dernier recours
Qu'ils s'appellent Holcim, Equiom ou Vicat, tous les grands cimentiers sont engagés dans la course à la réduction des émissions, voire à la neutralité carbone pour 2050. Impossible d'y couper puisque la fabrication du ciment génère à elle seule 8 % du CO2 émis dans le monde. Vicat par exemple ambitionne de diminuer de 25 % son empreinte carbone d'ici à 2030 par rapport à 2015. L'entreprise iséroise cotée en Bourse revendique par exemple d'avoir atteint le taux de 100 % de combustibles alternatifs dans sa cimenterie de Xeuilley (54). Elle utilise pour cela des argiles activées pour réduire le taux de clinker - premier composé responsable des émissions du ciment - et ainsi baisser de 20 % les émissions globales du site. À Montalieu (38), le groupe familial a même lancé un projet de capture et de stockage de 1,2 million de tonnes de CO2 inévitable, baptisé Vaia.
Maxime Giraudeau et César Armand