REPORTAGE. En Gironde, des chercheurs étudient depuis plus d’un an la résistance des pins maritimes au ver qui vient de déclencher une crise sanitaire dans le massif forestier des Landes de Gascogne. Dans le même temps, les sylviculteurs se plaignent d’un manque de considération de l’État, alors que l’adaptation de la forêt productive à long terme est déjà une question clé.Dans un premier sas où la pression est plus basse que l’air ambiant, il faut enfiler une paire de surchaussures textiles, une blouse et une charlotte. Puis, marcher dans un couloir, retirer les deux derniers éléments. Enfin, pénétrer dans un nouveau sas avec une pression plus basse encore, pour revêtir à nouveau une blouse et une charlotte. Les techniciens et scientifiques de la plateforme Emergreen de l’Inrae répètent ces opérations souvent plusieurs fois par jour.
C'est la précaution à prendre pour éviter tout risque de transfert vers l’extérieur du nématode du pin - connu dans les laboratoires comme Bursaphelenchus xylophilus -, le ver pathogène qui affole le massif forestier productif des Landes de Gascogne depuis sa détection à Seignosse (Landes) début novembre.
Après ce protocole drastique, on découvre les serres où des inoculations du nématode sont réalisées sur des plants de pins maritimes âgés de deux ans. Certains, avec les aiguilles marron, sont en état de flétrissement. Les équipes de l’Inrae mènent ici un programme de recherche d’amélioration génétique du pin maritime, « une des priorités de la filière », présente Cécile Robin, co-directrice de la plateforme scientifique. Les recherches sur ce sujet sont d’ailleurs financées par le Groupement d’intérêt scientifique Pin maritime du futur, une organisation où la filière est impliquée via le Centre de productivité & d’action forestière d’Aquitaine (CPFA), lui-même né sous l’impulsion du Syndicat des sylviculteurs du Sud Ouest dès 1959.
3 millions d’euros investis
Cet outil de recherche confiné, tous les acteurs l’attendaient. Avant sa mise en place il y a deux ans, les tests ne pouvaient se faire qu’en zone infestée au Portugal, ou dans des modules similaires de l’Inrae à Antibes. À Villenave-d’Ornon, l’opération a nécessité trois millions d’euros d’investissements de la part de l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Union européenne, et la filière (syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest) par l’intermédiaire de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) de Nouvelle-Aquitaine.