Bruxelles suspend les taxes sur les engrais pour éviter la flambée
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Les engrais russes et biélorusses resteront exclus du dispositif.
AS - REUTERS - Alice Sacco
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Les engrais russes et biélorusses resteront exclus du dispositif.
AS - REUTERS - Alice Sacco
La flambée des tensions au Moyen-Orient pousse Bruxelles à desserrer temporairement les contraintes sur les importations d’engrais. Face à l’envolée des prix mondiaux provoquée par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, l’Union européenne a annoncé vendredi la suspension pendant un an des droits de douane sur plusieurs engrais azotés, dont l’urée et l’ammoniac.
Cette décision, validée par le Conseil de l’UE, vise à amortir le choc subi par les agriculteurs européens et les industriels du secteur agroalimentaire, alors que les coûts des intrants agricoles repartent fortement à la hausse. Depuis le déclenchement de la crise autour de l’Iran et les perturbations du trafic maritime dans le Golfe, les marchés des fertilisants connaissent une nouvelle phase de tension. Environ un tiers du commerce mondial d’engrais transite en effet par le détroit d’Ormuz, passage stratégique reliant le Golfe persique au reste du monde.
Même si l’Europe reste relativement peu dépendante des productions moyen-orientales, les perturbations logistiques et les mouvements de précaution des acheteurs ont entraîné une hausse généralisée des prix. Les pays importateurs cherchent désormais à sécuriser d’autres fournisseurs, accentuant la pression sur l’ensemble du marché mondial.
Bruxelles insiste toutefois sur le caractère encadré de cette ouverture commerciale. « Afin d’équilibrer les intérêts des producteurs de l’UE, la mesure est limitée à un quota de marchandises équivalant au volume des importations NPF (nation la plus favorisée) en 2024, augmenté de 20 % des volumes importés de Russie et de Biélorussie la même année », précise le Conseil dans un communiqué.
Les engrais russes et biélorusses resteront exclus du dispositif. L’Union européenne maintient ainsi sa stratégie de réduction de dépendance vis-à-vis de Moscou et Minsk, déjà ciblés par plusieurs séries de sanctions depuis l’invasion de l’Ukraine.
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Cette suspension tarifaire concerne des produits qui demeuraient jusqu’ici soumis à des droits de douane compris entre 5,5 % et 6,5 %, malgré l’existence d’accords préférentiels avec plusieurs pays exportateurs. Bruxelles estime qu’un « volume important » d’importations continuait d’être taxé, ce qui pesait sur les coûts d’approvisionnement des acteurs européens.
Les volumes concernés illustrent le poids stratégique de ces matières premières pour l’agriculture européenne. En 2024, l’UE a importé deux millions de tonnes d’ammoniac et 5,9 millions de tonnes d’urée. À cela s’ajoutent 6,7 millions de tonnes d’engrais azotés et de mélanges contenant de l’azote.
Selon la Commission européenne, la dépendance directe de l’Union au Moyen-Orient demeure toutefois limitée : environ 3 % pour l’ammoniac et entre 1 % et 2 % pour les engrais azotés. Mais dans un marché mondialisé et fortement interconnecté, même une exposition indirecte suffit à provoquer des tensions sur les prix.
Pour Bruxelles, l’enjeu consiste désormais à éviter une nouvelle poussée des coûts agricoles comparable à celle observée après le début de la guerre en Ukraine en 2022. À l’époque, l’explosion des prix du gaz — matière première essentielle à la fabrication des engrais azotés — avait durement affecté la compétitivité des exploitations européennes et alimenté l’inflation alimentaire sur le continent.
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