UE-Mercosur : les agriculteurs en colère contre l’accord, la révolte paysanne gronde à Versailles
latribune.fr
Des agriculteurs français portant des gilets verts avec les logos FNSEA et FDSEA manifestent lors d'une journée d'actions appelée par le syndicat agricole français FNSEA pour protester contre le projet d'accord de libre-échange UE-Mercosur avec les...
Vendredi, une centaine de manifestants et leurs tracteurs ont bloqué le château de Versailles, symbole du pouvoir. En jeu : un accord commercial qui menace, selon eux, l’avenir de l’agriculture française.
La révolte gronde. Ils étaient une centaine, tracteurs fumants et banderoles déployées, à investir dès l’aube la place d’Armes devant le château de Versailles. Objectif : interpeller Emmanuel Macron sur le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur dont Bruxelles a relancé début septembre le processus de ratification. Une mobilisation nationale orchestrée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, première alliance syndicale du secteur, qui dénonce un « coup de massue » pour une profession déjà exsangue.
« Le chef de l’État doit réagir »
Dès 6 heures hier matin, les agriculteurs ont allumé un feu de camp, distribué café et viennoiseries, tandis que des fumigènes verts s’élevaient dans le ciel encore sombre. « Le sens de cette mobilisation, c’est évidemment attirer l’attention du chef de l’État », a martelé Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, présent sur place.
« On a sur le plan international de nombreuses questions qui se posent quand des produits envahissent nos marchés sans respecter nos normes de production. Le Premier ministre doit nous recevoir urgemment. »
Le syndicat pointe du doigt un revirement français : après des années d’opposition frontale, Paris semble désormais moins hostile à l’accord, négocié depuis 1999 et relancé en grande pompe par la Commission européenne. Un écho aux grandes manifestations de 2024, mais aussi un avertissement.
« On continue à rester motivés, on reviendra s’il le faut cet hiver, à un moment où nos champs seront moins occupés », a prévenu Rousseau, sous les applaudissements.
Des exploitations « au bord du gouffre »
Parmi les manifestants, Pascal Verriele, secrétaire général de la FDSEA de Seine-et-Marne, incarne le désarroi d’une génération. À 56 ans, dont quarante passés dans les champs, cet agriculteur en grande culture avoue « toucher le fond ».
« Plus de visibilité, plus de marge de manœuvre. Entre le Mercosur, les quotas d’importation sans droits de douane accordés à l’Ukraine, et les coûts qui explosent, nos exploitations sont déstabilisées. Il faut un sursaut ! »
Le projet Mercosur, s’il est ratifié, ouvrirait les portes du marché européen à des viandes, céréales et éthanols sud-américains produits selon des normes environnementales et sanitaires bien moins exigeantes qu’en Europe.
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Une France en ébullition
Versailles n’est qu’un épicentre. Dans l’Aube, à Torvilliers, la mobilisation s’est déroulée dans le calme, mais avec la même détermination. Dans l’Hérault, dès 6h30, les grilles de la sous-préfecture de Lodève ont été recouvertes de banderoles.
À Béziers, tracteurs, poids lourds et bennes ont bloqué des axes routiers. Au total, 70 actions étaient prévues vendredi dans 65 départements, avec près de 3 000 participants attendus selon les autorités.
La FNSEA exige un moratoire immédiat sur les négociations et un plan d’urgence pour protéger les filières les plus exposées. « Le gouvernement a encore le choix : écouter les territoires ou signer l’arrêt de mort de milliers d’exploitations », prévient Arnaud Rousseau.
LE MERCOSUR EN BREF Négocié depuis 1999, l’accord UE-Mercosur prévoit la suppression de 90 % des droits de douane entre les deux blocs. Enjeux : Accès au marché européen pour 780 000 tonnes de bœuf sud-américain par an (contre 200 000 actuellement), mais aussi sucre, éthanol et volailles. Oppositions : France, Irlande, Autriche et Pologne freinent des quatre fers, craignant un dumping social et environnemental. Prochaine étape : Ratification par les 27 États membres… ou blocage.