Le ministère des Armées met deux millions d'euros pour créer un centre d'excellence à Toulouse pour étudier les entraves à la montée en puissance d'une économie de guerre en France et lancer un observatoire des contrôles aux exportations.Début janvier, Emmanuel Macron a sonné l'alerte devant les industriels de la défense : si les cadences de production n'augmentent pas dans l'Hexagone, la France ira « chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces ». Alors que depuis 2022 et le déclenchement de la guerre en Ukraine, le président de la République appelle de ses vœux la mise en place d'une économie de la guerre, cette dernière peine à s'organiser.
Pour mieux comprendre les freins à ce réarmement, le ministère des Armées vient de créer un centre d'excellence à Toulouse doté d'1,93 million d'euros jusqu'en 2030.
Un domaine sous-étudié
Baptisé Aerods (pour Aérospatial, défense et sciences sociales), ce centre s’appuiera sur l’expertise d’une quinzaine de chercheurs de l’université Toulouse-Capitole, en partenariat avec l’Onera, l’Isae-Supaero et des industriels du secteur de l’armement comme Airbus Defence and Space.
« Il faut savoir que les politiques de défense en général, les politiques d'armement en particulier, sont sous-étudiées en France et rarement analysées en détail alors même qu'elles touchent à des enjeux centraux. L'ambition de ce centre est de décortiquer toutes ces contraintes (juridiques, économiques, industrielles et politiques) qui pèsent sur les acteurs publics et privés », relève Florent Pouponneau, directeur du centre d'excellence et maître de conférences en sciences politiques à l'université Toulouse Capitole.
Plusieurs pistes de recherche seront lancées. « Les volontés politiques de réarmement se heurtent d'abord à des résistances liées au coût financier très élevé des programmes et aux difficultés de la coopération entre une multitude d'acteurs, publics et privés. Il existe aussi des résistances liées à l'inertie des procédures organisationnelles, à la fragmentation de la base industrielle, à la complexité des réglementations nationales, européennes et internationales, ou encore aux difficultés de l'évaluation des investissements réalisés », liste le chercheur.
En juin dernier, le président de la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin, s'inquiétait dans La Tribune : « Il n'y a pas d'argent, il n'y a pas de commande » de la part de l'État. Pourtant, le ministère des Armées pousse les industriels de la filière à produire plus et plus vite.