ENQUÊTE. Alors que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont révélé l’importance nouvelle des drones militaires sur le champ de bataille, des acteurs industriels français, par dizaines, se positionnent sur ce marché. La filière espère un tri naturel assez rapidement dans le souci d’avancer avec quelques entreprises sérieuses.En plein cœur du Morbihan, non loin de Malestroit, les 60 imprimantes 3D de la TPE Drone Act tournent à plein régime dans cette petite usine de 600 mètres carrés. Fabriqués à partir d’un filament de carbone, les châssis des drones sont assemblés par dizaines, de manière très manuelle, par des opérateurs de la société. « Selon les demandes, nous produisons ici 100 à 200 drones par mois et nous sommes capables de monter à 1 000 drones par mois sans aucun problème », présente fièrement Vincent Muller, le PDG de cette entreprise d’une quinzaine de collaborateurs.
Cette dernière livre directement à La base de Lorient et à ses commandos marines ce que l’entrepreneur présente comme « des MTO (munitions télé-opérées, ndlr) low-cost ». Plus communément appelés drones kamikazes voire suicides, « ce sont des drones de contact qui peuvent porter une charge de maximum 250 grammes ». La TPE, qui réalise déjà 70% de son activité grâce au secteur de la défense, veut lever 700 000 euros en 2026 pour accélérer sur l’industrialisation de ses MTO en priorité, en misant notamment sur l’injection plastique. La charge explosive est par la suite montée sur le petit drone quadricoptère par les militaires bretons.
Cet exemple de production industrielle est loin d’être un cas isolé en France. MTO, drones de surveillance, drones d’interception ou encore drones MALE (moyenne altitude à longue endurance)… Les segments de marché ne manquent pas et les grappes d’acteurs tricolores autour de chacun sont nombreuses, à des stades de maturité bien différents. Plus au sud, en région toulousaine, la PME Delair a eu l’honneur d'avoir la visite en février 2024 de Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, pour officialiser la commande de la DGA des 100 premiers drones kamikazes français, fabriqués par le droniste pour les forces ukrainiennes, avec le soutien du géant Nexter.