Aéronautique : des pieds de vigne pour fabriquer du carburant d'aviation durable

Pierre Hébrard-Capdeville, président de Bio In Move.
Rémi Benoit

Pierre Hébrard-Capdeville, président de Bio In Move.
Rémi Benoit
Les Français boivent de moins en moins de vin, moins d'un verre par jour, soit une chute de 70% de la consommation en 70 ans. Face à la surproduction, la filière estime qu'il faudrait procéder à l'arrachage de 100 000 hectares en France.
Pour éviter de simplement brûler les vignes arrachées, la start-up toulousaine Bio in Move veut transformer cette biomasse en huile de pyrolyse pour produire des carburants d'aviation durable (SAF) dans le Sud-Ouest.
« Plutôt que de brûler en bout de champ les ceps de vigne (pratique interdite mais qui perdure), l'idée est d'implanter à proximité de petites unités de pyrolyse. Les pieds de vigne vont suivre une combustion sans oxygène à un rythme lent, ce qui va générer un biochar (poudre de charbon de bois) et une huile pour fabriquer des SAF », décrit Pierre Hébrard-Capdeville, son président.
Le biochar pourra être réintroduit dans les terres agricoles et favoriser la rétention d'eau dans les sols. « Cela permet aussi aux agriculteurs de prétendre à des crédits d'enfouissement », relève le dirigeant. L'huile de pyrolyse va ensuite être transformée pour produire du biocrude, un substitut synthétique au pétrole brut.
La start-up estime que 400 000 tonnes de biomasse issues de la vigne en France pourraient, via ce procédé, permettre de fabriquer entre 80 000 et 100 000 tonnes d'huile qui, une fois réduites, vont générer 70 000 tonnes de SAF par an.
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Aujourd'hui les carburants d'aviation durable sont principalement produits à partir d'huiles de cuisson usagées. Problème : ce gisement ne suffira pas à couvrir tous les besoins de l'aviation. Le règlement européen Refuel EU impose de 2 % de carburant d'aviation durable dans les vols intra-européens depuis 2025, 6 % en 2030, 20 % en 2035, 70 % en 2050. Rien qu'à l'horizon 2030, les besoins estimés à l'échelle européenne s'élèvent à 3,1 millions de tonnes.
Autre problème, les carburants d'aviation durables sont massivement importés par les compagnies aériennes. « Le prix du SAF mondial oscille entre 2 000 et 3 000 dollars la tonne contre 4 000 dollars en France, sachant que la tonne de kérosène est aux alentours de 800 dollars. Si on veut arriver à concurrencer les approvisionnements nord-américains et asiatiques, il faut faire émerger des projets compétitifs en Europe », considère Pierre Hébrard-Capdeville.
Plusieurs projets d'usine de SAF sont en cours de financement en France. C'est le cas par exemple de la start-up lyonnaise Elyse Energy qui affiche l'ambition de produire 82 000 tonnes de carburant d'aviation durable à partir de carburants de synthèse et de biomasse dans une usine à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, moyennant un investissement d'un milliard d'euros. Il reste encore beaucoup de chemin à faire pour concrétiser cette ambition et mobiliser des sommes aussi colossales.
D'où l'ambition de Bio in Move de faire émerger de petites unités pour la pyrolyse, demandant chacune entre trois à cinq millions d'euros, en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, à proximité des principaux gisements de biomasse viticole.
Le projet a été repéré par le ministère des Transports qui l'a récompensé lors de la cinquième édition du programme national Propulse, dispositif national d’accompagnement dédié aux innovations dans le domaine des mobilités, avec à la clé un accompagnement par L'Agence de l’innovation pour les transports (AIT). La start-up incubée à l'Enac, dont Pierre Hébrard-Capdeville est à la fois un ancien élève et un professeur en formation continue après une carrière de 25 ans dans le secteur aéronautique. Bio in Move espère lancer son premier démonstrateur dans deux ans.
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D'ici là, il faudra que le procédé de fabrication d'huile par pyrolyse soit certifié par les autorités mondiales. Au-delà des pieds de vigne, la technologie pourrait aussi servir à valoriser les déchets de chantiers forestiers. Au-delà de l'aéronautique, le secteur maritime pourrait constituer un autre débouché pour ce type de SAF. La société, qui réunit six associés, envisage une levée de fonds cette année pour accélérer son développement.
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