Flambée du kérosène, baisse des prix des billets : les compagnies aériennes au coeur de la tempête

Sur l'ensemble de l'année, Air France KLM anticipe un surcoût de 2,4 milliards d'euros pour s'approvisionner en kérosène.
Air France Corporate

Sur l'ensemble de l'année, Air France KLM anticipe un surcoût de 2,4 milliards d'euros pour s'approvisionner en kérosène.
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« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille. » Voilà un adage de Jacques Chirac qui correspond parfaitement à la situation des compagnies aériennes.
Depuis le début de l'offensive américaine contre l'Iran, le 28 février, les actions de la compagnie aérienne allemande Lufthansa et du groupe britannique IAG ont perdu 10 %. Une baisse qui atteint même les 18 % pour Ryanair et plus de 20 % pour Air France KLM. Outre-Atlantique, la situation n’est pas meilleure : début mai, Spirit Airlines a annoncé la fin de ses activités après 34 ans d'existence.
C'est bien entendu la flambée du prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient qui a mis des bâtons dans les roues des compagnies. Fin avril, l’Association internationale du transport aérien (IATA) faisait état d’une hausse de 105,7 % des prix du kérosène en Europe par rapport à l’an dernier. Un surcoût qui – pour les compagnies qui ne se sont pas assez couvertes pour s'assurer d'un prix fixe du carburant – rend certains vols non rentables. Et pour cause : aucune compagnie ne peut aujourd'hui répercuter l'intégralité du surcoût de carburant sur ses clients sous peine de faire s'envoler le coût des billets.
Les mains liées, certains transporteurs doivent parfois se résoudre à des solutions extrêmes. Deux millions de billets ont ainsi dû être annulés en Europe - ce qui représente moins de 5 % du nombre de billets vendus par an - ces derniers mois pour économiser du carburant.
Et pour ne rien arranger, en mai, c’est à présent le manque de voyageurs qui menace. Si la Fédération nationale de l'aviation a affirmé ce mardi ne pas avoir « d'inquiétude à ce stade sur la robustesse de la demande » en France, au niveau mondial le Financial Times a constaté une récente baisse des prix des billets.
Entre le 9 avril, date à laquelle les aéroports européens ont alerté pour la première fois sur le risque de pénurie de kérosène, et le 6 mai, les tarifs pour un voyage d'une semaine en juillet ont baissé sur 27 des 50 principales liaisons aériennes européennes. Ils ont même diminué de 10 % ou plus pour 15 liaisons, notamment entre Heathrow et Nice, et jusqu'à 44 % dans le cas de la liaison Milan-Madrid. « Les gens hésitent à réserver, ils réservent tard, les compagnies aériennes et les agences de voyages sont obligées de les inciter en leur proposant des prix plus bas », a expliqué Andrew Lobbenberg, analyste chez Barclays au journal financier.
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Et la crise du secteur ne pourrait en être qu'à ses débuts. Si les résultats du premier trimestre n'ont pas montré de dérapage majeur des comptes, « ce qui fait peur, c’est la suite. C'est le deuxième trimestre où la hausse du prix du kérosène va vraiment se faire ressentir », estime Loris Dalleau, analyste chez Bourseko. Sur l'ensemble de l'année, Air France KLM anticipe un surcoût de 2,4 milliards d'euros pour s'approvisionner en kérosène. Cette charge imprévue pourrait même impacter son activité. Fin avril, le groupe a annoncé prévoir une hausse de ses capacités de 2 à 4 % cette année, contre une prévision initiale de 3 à 5 %.
Le secteur de l’aérien a-t-il atteint le creux de la vague ? Non, estime François Dossou, gérant chez Sienna Gestion.
Sur le long terme, cette crise pourrait cependant amener les compagnies à se moderniser et à mieux se préparer aux prochaines périodes difficiles. Lufthansa a annoncé lundi une commande de 20 avions long-courrier Airbus et Boeing pour doter sa flotte d'appareils plus économes en carburant d’ici 2034. Ces A350-900 et 787-9 doivent également permettre de réduire les coûts de maintenance et d'exploitation, d'après le communiqué du groupe. « Mais ce sont au final surtout les constructeurs qui vont bénéficier, à moyen terme, de ce renouvellement accéléré des flottes d’avions », conclut François Dossou.