NewSpace : Unseenlabs de plus en plus près des étoiles

La PME bretonne passe dans une nouvelle dimension
Unseenlabs

La PME bretonne passe dans une nouvelle dimension
Unseenlabs
En 2024, Unseenlabs annonçait une nouvelle constellation pour 2026 ; en juillet 2026, elle arrive bien sur le pas de tir. Les frères Galic (Clément et Jonathan) ne plaisantent jamais avec les promesses qui les engagent. Surtout vis-à-vis du marché commercial. Le premier satellite de cette constellation de nouvelle génération (BRO-31) devrait être lancé ce mardi, selon SpaceX (mission Transporter-17), qui va à cette occasion covoiturer 81 charges utiles (dont notamment un satellite Loft-EarthDaily-8 de Loft Orbital). Ce retour sur Falcon 9 succède au lancement réussi le 12 juin dernier de BRO-22, qui est un satellite d'ancienne génération d'Unseenlabs (GEN-1) et le premier d'une entreprise privée étrangère à être embarqué à bord du lanceur japonais H3.
Le premier satellite de GEN-2, qui pèse 150 kg (contre 15 kg pour les satellites de GEN-1), sera capable de détecter aussi bien des signaux radiofréquence (RF) en mer mais aussi sur terre et dans l’espace pour les marchés de défense mais aussi pour ceux dans le civil. Cet objectif technique de la nouvelle constellation d'une vingtaine de 20 satellites avait été aussi annoncé dès 2024 alors qu'Unseelabs était jusqu'ici essentiellement centrée sur le marché de la surveillance maritime. Dans un entretien accordé à La Tribune, Clément Galic, le PDG et cofondateur d'Unseenlabs, explique qu'il ne s'interdit pas d'agrandir la constellation à 30 ou 40 satellites « si le business le nécessite ». Ces nouveaux satellites vont donc permettre à Unseenlabs d'ouvrir des marchés dans le domaine terrestre et de se diversifier.
Le lancement de ce satellite de nouvelle génération « est une marche importante pour Unseenlabs, en termes technique mais aussi et surtout en terme de business et d'accélération », explique Clément Galic. Il marque effectivement un changement d’échelle technologique, industriel et commercial pour Unseenlabs, qui emploie désormais près de 150 salariés (contre 60 il y a deux ans). La PME ne souhaite pas dévoiler son chiffre d'affaires mais vise toujours 100 millions d'euros en 2029. « Nous sommes sur cette trajectoire », précise simplement le patron de cette PME bretonne, qui souhaite rester discret sur les objectifs économiques et financiers tout en prônant la frugalité des opérations de son entreprise. « Unseenlabs grandit, va continuer à embaucher et à s'agrandir mais d'une manière maîtrisée », explique-t-il.
En termes de rentabilité, Unseenlabs est sans nul doute bien au-delà de 10% de marge. Ce qui lui permet de vivre dans le spatial sans avoir le couteau sous la gorge. « Il faut que le modèle soit rentable et il est rentable », assure-t-il. C'est d'ailleurs grâce à ce modèle financier rigoureux qu'Unseenlabs n'a pas besoin aujourd'hui d'un nouveau soutien financier de ses actionnaires. Créée en 2015, la PME est mature en étant autosuffisante grâce à son modèle économique. En 2024, une levée de fonds de 85 millions d'euros avait permis de développer pendant deux ans cette nouvelle génération de satellites et de mettre en place toute l'infrastructure (capacités technologiques, industrielles et humaines) pour accompagner la future croissance. « La mise à l'échelle d'Unseenlabs a déjà été réalisée, on passe maintenant à la phase d'exploitation », souligne Clément Galic.
La petite société, qui n'en finit plus de monter, a notamment constitué une équipe d'une vingtaine de commerciaux et a ouvert deux bureaux, l'un à Singapour et l'autre aux Etats-Unis, deux pays qui « l'intéressent » énormément. A partir de 2027, Clément Galic anticipe une très forte croissance avec un impact de « plus ou moins 100% » sur le chiffre d'affaires au fur et à mesure de la montée en puissance de la nouvelle constellation lors des prochains mois. « C'est une phase d'accélération très forte ! », estime-t-il. Mais il rappelle également que l'augmentation du chiffre d'affaires sur le marché de la surveillance maritime s'élève déjà en moyenne à « plus de 80 % par an ». Cette estimation s’appuie sur le portefeuille clients de la PME. « On a beaucoup de clients dans le monde qui nous font confiance sur la surveillance maritime mais ils sont pour la plupart très intéressés pour passer à l'échelle pour la partie terrestre », assure-t-il.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Les satellites de cette nouvelle constellation, qui seront lancés sur différentes orbites un par un et en covoiturage (modèle économique oblige) par l'ensemble des fusées disponibles sur le marché, permettra de détecter, de géolocaliser et de caractériser un éventail plus large d’activités RF dans des environnements opérationnels de plus en plus complexes. Clément Galic vise entre deux à six tirs par an pour la montée en puissance de GEN-2 à l'image de la constellation de première génération. Ces capacités seront permises par des charges utiles beaucoup plus puissantes à bord de satellites pesant 150 kg, et surtout grâce l'extension de bande de fréquences jusqu'à 12 gigas.
À lire également
Ces nouveaux satellites vont écouter et suivre beaucoup plus d'émetteurs d'intérêt dans le domaine maritime et terrestre, que ce soit pour des applications de défense et civils. Ces satellites vont produire plus des données pour les clients d'Unseenlabs. Les plateformes seront fabriqués par la société toulousaine U-Space et la société danoise GomSpace tandis que la charge utile a été développée et fabriquée par la PME bretonne. « Nous, notre métier est de fabriquer la payload - du hardware au software - pour créer un produit pour le client », explique Clément Galic. D'ores et déjà, Unseenlabs se prépare dès mardi à entrer dans une nouvelle dimension entrepreneuriale. Pour autant, les frères Galic, en bon campagnards bretons, ne vont pas s'emballer et suivre rigoureusement leur modèle de fonctionnement qui leur a jusqu'à présent réussi.