Alors que le drone s’est imposé sur le champ de bataille, sa fabrication, à l’échelle industrielle, devient un enjeu stratégique. Pour y arriver, il faudra combiner des commandes massives à l’adoption d’un modèle industriel agile.Ils sont désormais partout sur les champs de bataille. « Les drones se sont imposés à nous, militaires », pose le général de division Stéphane Canitrot, en ouverture de la 8e édition de l’UAV Show, le salon européen du drone professionnel qui se tient actuellement à Bordeaux. Avec, pour la première fois, 70 % d’exposants liés à la défense. Les drones présentent en effet des avantages décisifs sur le terrain : low cost, sans risque d’exposition et dotés d’une grande polyvalence.
Dans un contexte de guerre en Ukraine et plus largement de tensions dans les relations internationales, la filière drone s’est ainsi mise en ordre de marche et accélère. L’association du drone de l’industrie française (Adif) regroupe désormais 55 sociétés qui représentent 1 500 emplois salariés et 150 millions d’euros de chiffre d’affaires.
« La filière a quasiment doublé en un an et les entreprises positionnées défense doublent ou triplent leur chiffre d’affaires », annonce Antoine Level, président de l’Adif. La France reste toutefois très loin des capacités de production de la Russie (1,5 million de drones en 2024) et de l’Ukraine qui vise les 4,5 millions cette année. « Une estimation du Pacte drone aérien de défense suggère que la France, en cas de conflit, pourrait avoir besoin de 50 000 à 100 000 drones par an. Nous n’y sommes pas… », reconnaît Antoine Level. Dès lors, comment accélérer l’industrialisation des drones pour répondre aux enjeux de l’économie de guerre ?
Des entreprises motrices
En la matière, des entreprises sont particulièrement motrices. Ainsi, la société Destinus, fondée en 2021 avec pour projet de développer un avion hypersonique a opéré un virage et s’est lancée dans la production de drones en ouvrant des lignes de production dans plusieurs pays européens et une ligne d’assemblage final en Ukraine. L’entreprise emploie actuellement 650 salariés et réalise 300 millions d’euros de chiffre d’affaires.