ENQUÊTE. Face à l'hégémonie du fabricant chinois DJI, la filière française du drone n'a pas abandonné la bataille de l'industrialisation et se consolide pour mieux peser à l'échelle mondiale. D'autant que la guerre en Ukraine demande aux acteurs tricolores une forte montée en cadence de leurs capacités.« Il y a dix ans, on rêvait tous d'être le champion du monde du drone mais aucun de nous en France n'est en mesure de l'être, en tout cas seul », lance Bastien Mancini, CEO de Delair. La PME toulousaine est pourtant, avec le francilien Parrot (33 M€ de CA en 2023 sur l'activité microdrones) l'une des figures de proue de la filière tricolore avec 30 millions d'euros de chiffre d'affaires et 150 salariés quand beaucoup d'acteurs français s'établissent entre un et cinq millions de CA. Une goutte d'eau face aux leaders mondiaux du secteur à l'instar du fabricant chinois DJI dont le chiffre d'affaires se compte en milliards (le groupe ne communique pas ses revenus mais contrôlerait plus de 70 % des ventes de drones à travers le monde sur un marché à 34 milliards de dollars en 2024), de l'américain Skydio (100 millions de CA) ou du fleuron israélien Elbit.
Ces fabricants disposent d'une force de frappe considérable avec un fort soutien financier des gouvernements chinois et américain tout en s'appuyant sur une importante demande locale. « La Chine adresse déjà son propre marché domestique qui compte 92.000 exploitants professionnels de drones en Chine mais également 1,3 million de télépilotes. Cela donne aux fabricants chinois un effet démultiplicateur incroyable pour se positionner sur le marché mondial », observe Arnaud Rimokh, directeur délégué aux drones chez Aerospace Valley et expert drones auprès de la Commission européenne.
Une filière en pleine consolidation
Face à cette hégémonie, la filière française se structure. Fondée en 2021, l'Adif (association du drone de l'industrie française) regroupe aujourd'hui une trentaine d'acteurs pesant 110 millions d'euros de chiffre d'affaires et un millier d'emplois. « Un fabricant seul ne peut pas lutter directement face à DJI d'autant que les drones chinois sont des produits de qualité. La majorité des acteurs vont se tourner vers des positionnements un peu différents comme par exemple de l'inspection automatisée par drone ou des appareils qui ne sont pas dans le catalogue des fabricants chinois », remarque Antoine Level, président de l'Adif.
Florine Galéron avec les bureaux régionaux de La Tribune