SCAF : Airbus droit dans ses bottes

Maquette du SCAF exposé au salon du Bourget
reuters
A la demande du président de la République, Airbus a récemment adressé à l’Élysée un courrier confidentiel signé par le directeur général d'Airbus Defence and Space dans lequel le groupe est censé donner des solutions en vue de relancer le projet du système de combat aérien du futur, le fameux programme européen SCAF (Allemagne, Espagne, France), selon des sources concordantes. Lancé en 2017 par Angela Merkel et Emmanuel Macron, le SCAF est depuis des mois en souffrance en raison des divergences profondes sur la gouvernance du programme entre Airbus et Dassault Aviation, qui en a la maîtrise d’œuvre.
Le programme est partagé en trois tiers mais Airbus qui représente à la fois l'Allemagne et l'Espagne, pèse deux tiers du SCAF. Ce dont ne veut absolument plus le constructeur du Rafale. En conséquence, le programme est bloqué à la phase 1B (développement technologique), qui doit mener à la phase 2 avec le développement et la conception d'un démonstrateur.
Dans ce courrier qui fait suite à celui déjà envoyé par l'avionneur européen fin décembre à l'Elysée, le patron d'Airbus Defence and Space a rappelé la position de son groupe : pas question d'être un sous-traitant de Dassault Aviation dans le programme SCAF. Dans ce courrier, il demande le respect des accords initiaux signés par toutes les parties et dresse un bilan de la coopération sur le SCAF. Il rappelle également que la confiance a été rompue entre d'un côté, l'Allemagne et l'Espagne, et de l'autre côté, Dassault Aviation. Interrogé le 20 février dans Air&Défense, l'émission hebdomadaire de BFM Business et de La Tribune, le président exécutif d'Airbus Guillaume Faury a assuré que « les ponts n'étaient pas coupés » entre les deux groupes. « Ce n’est pas le cas », avait-il précisé.
Toutefois, le courrier envoyé par Mike Schoellhorn n'offre très clairement aucun espoir d'une possible relance du programme. Aucun des deux groupes n'est prêt à lâcher ses positions. Le gouvernement français n'a semble-t-il aucun levier pour contraindre Dassault Aviation à trouver un compromis avec Airbus. La présidence de la République, qui souhaite réunir autour d'une table les présidents depuis plusieurs semaines, n'a pas encore provoqué une telle rencontre. Plus grave encore, la Délégation générale de l'armement (DGA) semble avoir elle aussi perdue la confiance de l'Allemagne et de l'Espagne dans son rôle d'arbitre du programme.
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Le SCAF est-il mort né ? « Moi, j’espère qu’on va trouver une solution qui continue à permettre de travailler ensemble. C’est ce dont l’Europe a besoin », a expliqué dans Air&Défense, Guillaume Faury, qui avait rappelé qu'Airbus était capable de « faire des avions tout seul ». « Il n’y a pas de problème. Il ne faut pas l’oublier qu'on est le co-acteur principal de l’Eurofighter. (...) L’Eurofighter est un très grand succès. C’est le plus grand succès commercial de l’aviation de chasse en Europe. Il ne faut pas l’oublier. Et c’est aussi un avion déjà en coopération entre la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Nous, on sait faire des programmes européens. Donc on a les technologies, on a le savoir-faire de coopérations en Europe et on a la volonté de servir un programme européen qui soit à la bonne échelle et au bon niveau pour le futur ».
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