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Défense et AérospatialeDéfense

Coopération drones-hélicos : « nous ne sommes pas en retard, au contraire » (Général Cruzille, commandant de l'ALAT)

Propos recueillis par Léo BARNIER et Michel CABIROL

Publié le 11 juin 2026 à 04:00

Le général David Cruzille, commandant de l'ALAT (Aviation légère de l'armée de Terre)

Le général David Cruzille, commandant de l'ALAT (Aviation légère de l'armée de Terre)

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Dans un long entretien accordé à La Tribune, le commandant de l'ALAT (Aviation légère de l'armée de Terre), le général David Cruzille, décrypte les profondes transformations de l'ALAT (270 hélicoptères, 14 avions légers) avec le retour d'expériences des guerres en Ukraine et au Moyen Orient mais aussi de l'arrivée massive des drones.

Au début de la guerre en Ukraine, beaucoup d’observateurs ont remis en question les capacités des hélicoptères dans un conflit de haute intensité. Comment expliquer aujourd’hui ce retour en grâce ?
Au tout début du conflit en Ukraine, en 2022-2023, il y a eu effectivement un gros questionnement sur la place de l’hélicoptère avec des images abondamment relayées d’hélicoptères russes détruits. Mais nous avons pu aussi nous interroger sur la place du char, de l’infanterie… L’ALAT (Aviation légère de l'armée de terre, ndlr), qui a un peu plus de 70 ans, évolue en permanence, et ce constat nous a une nouvelle fois poussés à innover en intégrant dans la manœuvre l’apport extraordinaire permis par les drones. Aujourd’hui, la situation a très clairement évolué de façon positive. Je rappelle par ailleurs que les Polonais ont prévu d’acquérir 96 Apache. Quand on se pose la question de savoir si l’hélicoptère d’attaque a un avenir, la décision de la Pologne y répond.

Avez-vous atteint un niveau satisfaisant dans la coopération drones-hélicoptères ?
Il ne faut jamais considérer que tout est gagné. En tant que commandant de l’ALAT je dois répondre à des questions cruciales dans plusieurs temporalités : « est-ce que je suis capable ? Est-ce que je suis opérationnel aujourd’hui pour être prêt dès ce soir comme le demande le chef de l’état-major de l’armée de terre ? Est-ce qu’en même temps je prépare ma capacité opérationnelle à l’horizon 2035-2040 ? » Il n’est pas question de se dire qu’en 2040, nous aurons enfin une ALAT dronisée. Mon objectif est d’y aller dès maintenant. L’ensemble de nos régiments - conventionnels et forces spéciales -, intègrent d’ores et déjà la coopération entre drones et hélicoptères dans leurs modes d’action. L’exercice Orion a confirmé la capacité de la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC) à agir dans la profondeur, qui est sa mission la plus exigeante en s’intégrant dans une manœuvre interarmes et interarmées, avec des scénarios extrêmement complexes. Il a également confirmé la capacité de la brigade à opérer de façon dronisée, dans ses outils et ses modes d’actions.

Comment s’intègrent les drones dans votre doctrine au sein de l’ALAT ?
L’ALAT s’inscrit dans la dynamique globale de l’armée de Terre, où toutes les fonctions opérationnelles intègrent des drones. Nous avons une feuille de route sur la dronisation de l’aérocombat avec trois priorités majeures. Première priorité, la mise en œuvre de drones à partir des rampes ou de la soute de nos hélicoptères. Ce sont les Air Launched Effects (ELA). Le pilote ou un membre de soute peut ensuite les piloter afin de voir plus loin, tirer plus loin, brouiller l’ennemi… L’équipage remplit sa mission le plus en sécurité ou le plus efficacement possible. C’est à portée de main, les industriels le développent et cela va très vite. La deuxième priorité porte sur le drone tactique ailier, le Loyal Wingman, qui est plus ambitieux. Il s’agit d’avoir un drone capable de mener, à son niveau, une mission de façon plus autonome, avec sans doute un recours à l’intelligence artificielle. Nous pouvons lui confier la reconnaissance d’un axe par exemple. Son emploi doit toujours être évalué à l’aune du coût, qui doit être accessible et éventuellement consommable. Un drone tactique ailier qui coûte aussi cher qu’un hélicoptère présente un intérêt plus limité. Dernier point, nous poursuivons le développement du combat collaboratif avec l’ensemble des drones de l’armée de Terre afin de renforcer encore la cohérence de notre action avec les autres fonctions opérationnelles.

Les drones peuvent-ils in fine remplacer les hélicoptères ?
L’objectif de notre feuille de route n’est pas de remplacer des aéronefs habités par des non habités, mais d’augmenter notre capacité opérationnelle en conjuguant habité et non habité. Ainsi, nous pouvons imaginer qu’à moyen terme un hélicoptère pourra évoluer avec des drones autour de lui pour augmenter ses capacités.

À quel horizon ?
L’objectif est d’avoir un système industrialisé à l’horizon 2035-2040. Mais le plus vite possible sera le mieux. Je souhaite que nous travaillions de façon beaucoup plus rapide. Aujourd’hui, nous avons dans les régiments d’hélicoptères des drones achetés sur étagère avec lesquels les équipages s’entraînent à remplir ce type de missions. Au plus fort de l’exercice Orion, la 4e BAC a mis en œuvre une trentaine d’hélicoptères - dont une petite dizaine d’hélicoptères espagnols - et une dizaine de drones. Ceux-ci ont été intégrés dans les manœuvres de façon réelle, sur le terrain : pour de l’observation déportée, pour de la désignation laser au profit d’un Tigre qui pouvait alors tirer son missile Hellfire au-delà de la vue directe, pour jouer le rôle de munitions téléopérées (MTO). Des drones FPV [télépiloté avec une vue à la première personne] ont été réellement déployés à partir de la soute des hélicoptères. En outre, la brigade a également simulé l’emploi d’une centaine de drones.

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Par rapport aux autres pays, l’ALAT est-elle en retard ou en avance ?
Lorsque nous regardons nos homologues occidentaux, il y a parfois des modes d’action différents parce que nos enjeux industriels, capacitaires et doctrinaux ne sont pas forcément les mêmes, mais cette dynamique de coopération drone-hélicoptère se généralise. Les Américains, qui sont évidemment sur une autre échelle que nous, l’intègrent déjà. Les Britanniques et les Allemands sont également dans cette démarche. Nous ne sommes pas en retard, au contraire.

Les missions de l’ALAT vont-elles évoluer avec l’arrivée des drones ?
Dans la doctrine d’emploi du corps d’armée, agir dans la profondeur est une de nos priorités. Il faut provoquer une attrition la plus importante possible chez l’ennemi avant qu’il ne rejoigne la ligne de contact. Avec les hélicoptères, nous avons cette capacité à frapper un ennemi en progression, à environ à 100/120 km derrière cette ligne. L’évolution en cours va conforter la brigade d’aérocombat dans sa capacité à mener cette mission grâce aux drones qui vont éclairer sa progression. Nous allons pouvoir nous concentrer sur la gestion des feux. Une autre partie des missions de la brigade consiste à intervenir en zone arrière pour soutenir les autres fonctions opérationnelles - en colmatant une brèche faite dans notre front, par exemple - ou apporter un soutien logistique. Lors de la contre-attaque ukrainienne de 2023, les Russes ont utilisé leur Kamov Ka-52 en arrière de la ligne de contact. Ils ont participé à l’attrition des forces terrestres ukrainiennes en tirant leurs missiles à longue distance, entre 10 et 14 km.

Combien de drones peuvent-ils être gérés par un pilote ou un équipage ?Cela pose la question de la charge cognitive. Il y a deux approches [pilote ou membre d’équipage]. En matière de charge cognitive, un pilote de Tigre qui gère un drone faisant une reconnaissance à son profit à 10 ou 15 km devant, c’est déjà bien. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, un essaim de drones pourra faire de la reconnaissance pour le compte du Tigre. Nous sommes vraiment dans un développement conjoint avec l’industriel pour gérer cette charge cognitive. Deuxième approche, un membre d’équipage qui opère les drones à partir d’une soute d’hélicoptère. Le Guépard, qui arrivera prochainement, va nous offrir une modularité vraiment intéressante. C’est un hélicoptère dans lequel nous pouvons mettre une équipe d’opérateurs de drones dans la soute et parallèlement un équipage qui se concentre sur la gestion de sa propre mission. Le Guépard tombe vraiment très bien par rapport à notre besoin du moment.

« Nous n’avons jamais renoncé à une mission opérationnelle pour un problème de disponibilité ».

Quelle est votre vision en matière de masse alors que la flotte de l’ALAT est relativement modeste (270 appareils) au vu des ratios en matière d’attrition dans une guerre de haute intensité ?
La notion de masse est absolument déterminante. Pour me permettre d’engager mes moyens avec la meilleure efficacité possible, je dois avoir la certitude d’avoir une masse suffisante. L’ALAT compte 270 hélicoptères, ce qui est bien à l’échelle européenne. En ajoutant des drones à nos capacités opérationnelles, cela m’offre la possibilité d’accroître la masse de nos capacités d’aérocombat. Autre priorité, le maintien en condition opérationnelle (MCO) qui permet également de préserver la masse avec un système de soutien efficace, solide et réactif. La régénération des appareils est un point important pour augmenter nos capacités à opérer dans la durée. C’est un équilibre entre ce que peuvent fournir l’industriel d’une part, avant et après l’engagement, et mes maintenanciers militaires de l’autre. Une fois dans une phase d’engagement en haute intensité, j’ai besoin de m’appuyer sur mes maintenanciers « projetables ».

Êtes-vous satisfait de la disponibilité de vos appareils ?
Nous ne communiquons pas sur les chiffres de la disponibilité. Ce que je peux en revanche vous dire : nous n’avons jamais renoncé à une mission opérationnelle pour un problème de disponibilité. Elle nous permet aujourd’hui de répondre à notre besoin opérationnel. Est-ce que je suis satisfait de la disponibilité ? Oui. La disponibilité permet à nos équipages d’avoir le niveau d’entraînement suffisant pour être engagés sur court préavis en opération. L’expérience des dernières semaines prouve que l’ALAT est au niveau.

En cas de conflit de haute intensité, avez-vous déjà planifié un plan de montée en cadence ?
La réponse est globale au sein des armées, qui auront besoin d’avoir des disponibilités et un taux de régénération, qui augmente en cas de conflit de haute intensité. Au sein de l’ALAT, nous l’avons bien intégré.

C’est un atout à double tranchant : plus les hélicoptères sont régénérés vite, plus ils vont voler et plus la cellule va vieillir. Il faudra donc les remplacer beaucoup plus vite.
Dans un conflit à haute intensité, si vous voulez avoir le plus de chance de l’emporter, il faut que votre action soit rapide et brutale. Sinon le front va se figer. Il faut être offensif d’emblée et être capable d’engager vos moyens sur des effets tactiques décisifs pour emporter la décision rapidement. Si vous n’avez pas une masse suffisante, le risque est de ne pas engager l’ensemble de vos moyens pour maintenir une approche défensive. Cela permet de ne pas perdre, mais le but est bien de gagner.

La rénovation à mi-vie du Tigre ne concerne qu’une première tranche de 14 appareils,

Faut-il plus de Tigre ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de réflexion en cours au niveau de l’armée de Terre pour augmenter notre flotte de Tigre. La complémentarité de nos flottes nous permet de répondre à un large panel de missions. 

Sur le Tigre toujours, la rénovation ne concerne qu’un petit nombre d’appareils. Est-ce suffisant ?
La rénovation à mi-vie du Tigre, qui a été décidée, ne concerne à ce stade qu’une première tranche de 14 appareils, qui disposeront d’une capacité opérationnelle accrue (armement et connectivité en particulier). Il y a une clause de revoyure en 2028, c’est à ce moment-là que la décision sera prise d’augmenter le nombre de Tigre rénovés. C’est également à ce moment qu’il pourrait être décidé d’équiper le futur Guépard de missiles antichars, les études sont en cours. Nous sommes d’ailleurs en train de développer la capacité de nos Tigre à se déployer sur les frégates de la Marine nationale. Nous sommes habitués à nous déployer sur des plateformes plus grandes de niveau porte-hélicoptères amphibie (PHA), forts d’une coopération très ancienne avec la Marine nationale.

En matière de lutte anti-drones, le Tigre a démontré ses capacités aux Émirats arabes unis avec des neutralisations de Shahed iraniens…
Cet enjeu de lutte anti-drones avait été bien identifié depuis plusieurs années. Il était prévu dans la doctrine et la brigade d’aérocombat avait déjà prouvé sa capacité à détruire du drone en vol lors d’entraînements. Quand la France a décidé, dans une logique défensive, de déployer des hélicoptères de l’ALAT pour participer à la lutte anti-drones, les équipages étaient prêts. La mise en opérations, en conditions réelles, l’a prouvé : le Tigre a utilisé son canon de 30 mm en opérations, préférentiellement de nuit, et cela a bien fonctionné avec un certain nombre de drones détruits. Il dispose également de roquettes. Enfin, sa capacité de tir de missiles air-air Mistral 3 a été activée rapidement. Il est à même de faire de la lutte anti-drones sur l’ensemble du spectre.

L’ALAT est-elle intégrée dans le dispositif de lutte anti-drones ?
L’ALAT propose un panel de possibilités pour faire de la lutte anti-drones, qui peut s’intégrer dans un dispositif plus complexe. Nous sommes vraiment dans une logique interarmées, avec une approche multicouche. Au niveau de l’armée de Terre, nous offrons une capacité qui s’intègre en complément avec celle de l’armée de l’Air. L’objectif est que chacun à son niveau, en fonction de la vitesse, de l’éloignement par rapport à la cible potentielle, puisse contribuer.

Inversement, vos hélicoptères ont-ils les moyens d’assurer leur autoprotection face aux drones ?
C’est l’éternelle histoire entre le glaive et le bouclier, qui nécessite un développement permanent. Le missile sol-air est un de nos ennemis classiques. Nous avons des dispositifs de brouillage, une capacité à lancer des leurres, de façon automatique ou manuelle. Il y a maintenant un nouvel ennemi, le drone. Il y a des développements en cours pour accroître notre protection par rapport à la menace drone. À l’image des Ukrainiens, nous travaillons sur des capacités détection et de brouillage des drones.

« Je vais garder les Gazelle encore un certain nombre d’années »

Êtes-vous satisfait de l’actualisation de la loi de programmation militaire, avec notamment la poursuite de certaines flottes anciennes comme celle de la Gazelle en raison du retard de livraison du Guépard ?
Je ne le ressens pas comme cela, le retard étant minime. Le Guépard permet le remplacement de cinq flottes dans les trois armées. Il y a une logique de rationalisation du MCO. Ce qui va nous permettre d’avoir un soutien plus efficace. L’objectif pour l’armée de Terre est d’être dotée à terme de 80 Guépard. C’est peu ou prou le volume de nos Gazelles aujourd’hui. Les premiers Guépard sont attendus à l’école de l’ALAT en 2029.

Ils n’étaient pas attendus en 2028…
La réception du premier Guépard par l’armée de Terre est prévue au GAMSTAT au tout début d’année 2029, après quelques semaines d’opérations de vérification par la DGA. Il arrivera trois mois plus tard à l’EALAT, et le 3e RHC sera le premier régiment équipé. J’ajoute que le premier appareil (du GAMSTAT) sera mis en œuvre conjointement par les trois armées et la DGA, de façon à « ouvrir les domaines d’instruction » pour l’École le plus rapidement possible. Cet appareil est aussi celui qui sera utilisé pour l’instruction des premiers pilotes par l’industriel, parmi lesquels une grande majorité d’instructeurs de l’École.
Très rapidement un second appareil devra être livré au GAMSTAT, celui-ci servira aux expérimentations dans les domaines de la dronisation et de la connectivité – c’est-à-dire que l’on commence à expérimenter les évolutions de l’appareil très peu de temps après son entrée en service pour bénéficier au maximum des innovations en boucle courte. Notre outil de formation sera prêt pour commencer les formations dès l’arrivée du Guépard, qui va être techniquement un appareil très performant. Tactiquement, en matière de dronisation, cet appareil aura un panel de mission large. Les équipages ont vraiment une motivation forte aujourd’hui pour être qualifiés sur le Guépard.

Résultat, vous allez opérer la Gazelle beaucoup plus longtemps que prévu ?
La Gazelle, qui est un hélicoptère rustique, est très facile d’emploi et à déployer. Elle a vocation à passer le relais au Guépard. Donc oui, je vais garder les Gazelle encore un certain nombre d’années. D’autant qu’elles ont une capacité antichar significative pour notre armée de Terre. Il faut vraiment que je conserve cette capacité jusqu’au moment où le Guépard pourra prendre le relais. Garder un hélicoptère rustique de deux tonnes a un intérêt, en prenant en compte le ratio avantages/inconvénients. C’est toujours intéressant en complément des hélicoptères de nouvelle génération. Nous pouvons élargir la problématique : demain l’ALAT aurait-elle besoin, en complément de ses flottes, d’avoir un hélicoptère de faible tonnage ? Nous n’avons pas encore mis ce sujet sur la table. Mais on pourrait se dire pourquoi pas avec un bémol : il faut faire attention à ne pas multiplier les flottes et il faudra aussi considérer que ces hélicoptères pourraient-être entièrement dronisés pour conduire les missions associées.

En matière de maintenance, les industriels suivent-ils ?
Airbus Helicopters a remis en place des productions pour certaines des pièces de la Gazelle qui n’étaient plus produites par des sous-traitants. Aujourd’hui, cet industriel a cette capacité à réinvestir certaines compétences ou certaines productions pour nous permettre de faire vivre et d’entretenir nos flottes. C’est une véritable chance que l’on a.

Outre la dronisation, qu’est-ce que le Guépard va apporter en plus à l’ALAT ?
Le Guépard va nous apporter d’autres capacités que celles de la Gazelle. Nous l’attendons avec motivation. Cet appareil va offrir une grande modularité. Des études sont en cours pour intégrer un armement un peu plus important, notamment pour doter le Guépard d’un missile antichar. Il a également une soute, qui pourrait renforcer notre capacité d’hélicoptère de manœuvre. Il pourrait faire de l’ EVASAN [évacuation sanitaire].

« Nous préparons le renouvellement de la flotte » des avions légers

Est-ce que vous avez prévu de renouveler prochainement la flotte d’avions légers dont vous disposez ?
Nous avons quatorze avions, dont neuf TBM basés à Saint-Jacques-de-la-Lande et cinq PC-6 à Montauban. Des avions qui ont été engagés pendant Orion et qui ont confirmé toute la pertinence de ces moyens. Nous préparons le renouvellement de cette flotte, qui n’est pas remise en question, sur la prochaine Loi de programmation militaire (LPM). Nous travaillons déjà sur des pistes de remplacement.

Le retour de la guerre électronique a-t-il un impact sur l’emploi et/ou la doctrine d’emplois des hélicoptères ?
Nous réfléchissons à l’intégration de capacités de guerre électronique à notre profit, mais également au profit des autres fonctions opérationnelles de l’armée de terre. Est-ce que l’ALAT peut aider à la manœuvre d’une autre fonction opérationnelle en utilisant un hélicoptère qui aura une capacité de brouillage par exemple. Autre exemple, cette capacité de brouillage pourra également être utile à l’ALAT dans le cadre d’une action dans la profondeur. Nous nous inspirons de ce que font d’autres pays aujourd’hui et qui sont directement concernés par ce type d’enjeux. Il y a effectivement des travaux aujourd’hui pour intégrer et développer cette capacité de guerre électronique.

« Nous avons besoin d’autonomie et de charge utile, pas forcément de grande vitesse »

Quelle est votre implication dans les projets communs pour dessiner ce que seront les futures générations d’hélicoptères ?
Il y a deux projets en développement, les NGRC (Capacité d’aéronef à voilure tournante de nouvelle génération, dans le cadre de l’OTAN) et ENGRT (Technologies européennes de nouvelle génération pour les aéronefs à voilure tournante, financé par l’Union européenne). Évidemment, nous en sommes partie prenante. Nous profitons de notre proximité avec Luxembourg pour envoyer, quasiment deux jours par semaine, un des officiers de l’état-major, participer aux échanges sur les briques technologiques pour le projet de futur hélicoptère européen dans le cadre OTAN (NGRC). C’est indispensable.

Les pays semblent quelque peu revenus de la très grande vitesse pour des configurations plus classiques.
Il y a aujourd’hui une approche pragmatique. Quel est mon besoin ? Pour quel rapport coût/efficacité ? Une des contraintes, c’est que ce que vous gagnez en vitesse, vous le perdez en charge utile. Quand les Américains développent le Cheyenne II, c’est pour se déplacer rapidement d’une île du Pacifique à une autre. Nous qui avons davantage vocation à nous engager sur un théâtre européen, nous avons besoin d’autonomie et de charge utile, pas forcément de grande vitesse. Avons-nous besoin d’aller chercher 450 km/h en développant un aéronef plus cher, plus encombrant, compliqué à déployer sur un bâtiment de la Marine nationale ou dans l’A400M ? Aujourd’hui, cela ne correspond pas aux besoins de l’armée de Terre.

Cela ne présente aucun intérêt selon vous ?
Il faut que nous restions dans le match de cette évolution technologique, même si cela ne répond pas aux besoins opérationnels actuels de l’armée de Terre. Airbus Helicopters a développé le Racer, qui est un concept intéressant à suivre. C’est important que nos industriels soient toujours dans cette dynamique de développements et d’innovations.

Vous parlez d’autonomie et de charge utile. Est-ce que vous auriez besoin d’une future plateforme plus lourde que ce que vous avez aujourd’hui ?
Si, demain, je veux avoir des hélicoptères lourds, à combien de Caïman faut-il que je renonce ? Nous aurons environ 80 Caïman à terme. Je ne veux pas renoncer à une partie de cette flotte d’hélicoptères de manœuvre moyens pour développer une micro flotte d’hélicoptères lourds. Sans compter les problématiques de soutien, de coût… Aujourd’hui, il n’y a pas un de nos déploiements en haute intensité qui ne s’opère dans un cadre multinational. Nous avons un certain nombre de partenaires européens qui ont cette capacité d’hélicoptère lourd : les Britanniques, les Allemands, les Espagnols…Elle pourrait donc être mise au profit de la force par ces pays.

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C’est le calme des vieilles troupes...
Nous ne devons pas non plus nous complaire dans l’existant. La grande force en France, c’est notre base industrielle et technologique de défense (BITD). Nous avons des capacités extraordinaires : nos quatre gros partenaires - Airbus Helicopters, Safran Helicopter Engines, Thales et MBDA - sont réactifs, connaissent nos besoins et, surtout, nous avons des échanges réguliers avec eux. Si nous allons aussi vite sur la partie dronisation, c’est grâce à ce retour direct. C’est tout de même plus simple que si je devais échanger avec des entreprises étrangères. C’est évidemment une chance pour nos armées.

Propos recueillis par Léo BARNIER et Michel CABIROL

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