Il est des moments charnières. Pour l’Europe de l’espace, cette fin d’année 2025 est de ceux-là. Assurément. Il faut dire que « nous sommes dans un contexte à la fois concurrentiel et chahuté géopolitiquement. Des sujets émergent comme la maîtrise de l’espace qui est devenue un nouveau domaine de conflictualité. De nouvelles ambitions apparaissent aussi. Certains parlent de duopole entre la Chine et les Etats-Unis, mais la Russie n’est pas complètement absente et des pays comme l’Inde ou du Moyen-Orient se positionnent et mettent les moyens », relève Hervé Derrey, P-DG du fabricant de satellites Thales Alenia Space (2,23 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 pour 8100 collaborateurs), invité aux Rencontres du Spatial organisées fin novembre à Cannes, là même où le groupe dispose de son siège historique.
Dans ce cadre, la décision de la Commission ministérielle d’augmenter le budget triennal de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) de 30%, portant son enveloppe à 22 milliards d’euros pour la période 2026-2028, apparaît comme une volonté de monter en puissance pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe, sa compétitivité industrielle et son leadership scientifique. L’étape suivante ? Le cadre financier pluriannuel européen qui fixe le budget (2 000 milliards d’euros) et ses priorités pour la période 2028-2034. Présenté cet été et entré en négociation auprès des pays membres, il devrait venir transformer l’essai. « Le monde a de façon générale besoin de plus d’espace, de plus de solutions spatiales. Quand l’Europe soutient son industrie spatiale à travers des programmes technologiques ambitieux, celle-ci devient plus forte, notamment sur le marché du grand export. C’est un cercle vertueux. »