L’État recompose son portefeuille stratégique. L’Agence des participations de l’État va céder à la Caisse des Dépôts ses parts dans les sociétés concessionnaires des tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, ainsi que dans le logement intermédiaire, pour un total de 2,5 milliards d’euros.
L’État rebat les cartes de son portefeuille stratégique. L’Agence des participations de l’État (APE) va céder à la Caisse des Dépôts ses participations dans les sociétés concessionnaires des tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, ainsi que dans la Société pour le logement intermédiaire (SLI), pour un montant total de 2,5 milliards d’euros. Une opération qui marque un transfert d’actifs emblématiques des infrastructures alpines vers le bras financier des territoires.
« L’Etat et la Caisse des Dépôts concluent un accord portant sur la cession à la Caisse des Dépôts d’actifs au service du logement et des territoires alpins », ont annoncé le ministère de l’Économie et la Caisse des Dépôts dans un communiqué commun.
Sont concernés les groupes Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc (ATMB) et Société française du tunnel routier du Fréjus (SFTRF), qui exploitent deux axes stratégiques reliant la France à l’Italie. Ces infrastructures jouent un rôle clé dans les flux commerciaux transalpins, notamment pour le transport routier de marchandises entre l’Europe du Nord et la péninsule italienne. Les accords définitifs concernant les tunnels ne pourront toutefois être conclus qu’après les procédures d’information et de consultation. La finalisation de l’ensemble des opérations est envisagée courant 2026.
Recentrage stratégique
Au-delà du simple transfert d’actifs, l’opération traduit surtout un changement de doctrine de l’État actionnaire. Selon Bercy, les 2,5 milliards d’euros tirés des cessions n’ont pas vocation à participer au désendettement public. L’argent « a d’abord et avant tout vocation à contribuer à la mission de l’État actionnaire et à être réinvesti », a précisé le ministère lors d’une conférence téléphonique.
Le gouvernement défend la nécessité de disposer « d’un État actionnaire fort, agile et en capacité d’investir dans des entreprises, là où sa présence serait nécessaire pour leur permettre de stabiliser leur capital au long cours et de déployer des programmes d’investissement importants ».
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Ces arbitrages s’inscrivent dans la revue stratégique menée en 2025 par l’APE, chargée de gérer les participations publiques dans les entreprises cotées et non cotées. L’objectif affiché est de concentrer davantage les moyens de l’État sur les secteurs jugés critiques pour la souveraineté industrielle, énergétique et numérique ainsi que pour la sécurité nationale. « Cette réorganisation vise à mieux répartir les rôles entre les deux grands actionnaires publics », souligne le communiqué.
Dans ce schéma, l’APE, « dont le rôle se renforce en matière de souveraineté, bénéficiera des ressources dégagées pour financer ses opérations et poursuivre ses investissements dans des entreprises stratégiques pour notre pays », tandis que la Caisse des Dépôts est appelée à rester « mobilisée au service du logement et des infrastructures dans les territoires ».
Forte visibilité
Avec cette opération, la Caisse des Dépôts renforce son ancrage dans les infrastructures locales et les équipements structurants. Les tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus représentent des actifs à forte visibilité, disposant de revenus relativement stables grâce aux péages, mais aussi exposés à d’importants enjeux d’investissement liés à la sécurité, à la décarbonation du transport et à la modernisation des ouvrages alpins.
La transaction comprend également la Société pour le logement intermédiaire, spécialisée dans les logements à loyers plafonnés destinés aux salariés trop aisés pour accéder au parc social mais pénalisés par les prix du marché privé.