Chute du dollar face à l'euro : les gagnants et les perdants
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Pour la zone euro, la faiblesse actuelle du dollar dessine un paysage en deux dimensions, avec des éléments négatifs mais aussi positifs.
ng - Action Images - Paul Childs
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Pour la zone euro, la faiblesse actuelle du dollar dessine un paysage en deux dimensions, avec des éléments négatifs mais aussi positifs.
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La glissade du dollar face à l’euro s’impose comme l’un des faits marquants des marchés financiers depuis plusieurs mois. Mardi, la monnaie unique européenne a franchi le seuil symbolique des 1,20 dollar, une première depuis juin 2021, portée moins par sa propre vigueur que par l’affaiblissement du billet vert. Une évolution suivie de près par les autorités monétaires européennes, tant ses implications pour l’inflation, la croissance et la compétitivité du continent sont multiples.
Les responsables de la Banque centrale européenne (BCE) observent attentivement cette appréciation de l’euro. « L’Eurosystème n’a pas d’objectif de change ; mais nous suivons avec attention cette appréciation de l’euro, et ses conséquences possibles sur une moindre inflation », souligne François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, dans un message publié sur LinkedIn. « C’est un des éléments qui guidera notre politique monétaire et nos décisions sur les taux d’intérêt, tout au long des prochains mois ».
La dynamique actuelle s’explique avant tout par une perte de confiance dans la devise américaine. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le dollar a cédé plus de 15 % face à l’euro. Les tensions diplomatiques et commerciales, les pressions répétées sur la Réserve fédérale et les revirements de politique économique nourrissent de plus en plus la défiance des investisseurs.
« L’imprévisibilité politique est indéniablement négative pour le dollar », notent les analystes de Monex USA. Pour Joshua Mahony, de Scope Markets, « la confiance dans le dollar comme principal garant de la sécurité semble s’être évanouie sous la présidence de Trump ». François Villeroy de Galhau y voit lui aussi un signal clair, estimant que la faiblesse du dollar est un « signe de moindre confiance face à l’imprévisibilité de la politique économique américaine ».
Face à cette chute, le président américain affiche pourtant une sérénité déconcertante. Interrogé sur la valeur de la monnaie des États-Unis, il a affirmé qu’elle était « très bien », la jugeant même « formidable ». « Je pourrais le faire monter ou descendre comme un yo-yo », a-t-il même avancé, des propos qui ont contribué à accentuer la volatilité sur les marchés des changes.
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Pour la zone euro, la faiblesse actuelle du dollar dessine un paysage en deux dimensions, avec des éléments négatifs mais aussi positifs. La vigueur de l’euro constitue ainsi un sérieux handicap pour les secteurs tournés vers l’exportation. « C’est un vent contraire pour les exportateurs, notamment l’automobile, la mécanique et les biens d’équipement », prévient John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank. Le luxe est également exposé : « C’est aussi un frein pour les groupes du luxe comme LVMH, déjà confrontés à une baisse de la demande », note Kathleen Brooks, analyste pour XTB.
L’Allemagne, très dépendante de son industrie exportatrice, apparaît particulièrement vulnérable dans ce contexte, d’autant que les entreprises européennes subissent déjà l’accord conclu avec les États-Unis imposant des droits de douane de 15 % sur certaines importations.
Si un euro fort renchérit les exportations, il améliore dans le même le pouvoir d’achat des ménages en réduisant le coût des importations libellées en dollars, notamment l’énergie et les matières premières. Un euro plus fort soutient ainsi « le pouvoir d’achat des ménages européens, favorisant la consommation et le tourisme à l’étranger », souligne John Plassard. Il s’agit aussi d’un atout pour certaines entreprises, dépendantes des importations. « Un euro fort est une bonne nouvelle pour les entreprises importatrices européennes, en particulier dans la chimie, la construction, l’aérien ou les secteurs fortement consommateurs d’énergie et de matières premières », poursuit-il.
En tirant les prix à la baisse, l’appréciation de l’euro pourrait également renforcer les marges de manœuvre de la BCE. Une inflation plus contenue ouvrirait la voie à de nouvelles baisses de taux, facilitant l’accès au crédit pour les ménages et les entreprises européennes.
Au-delà de ses effets conjoncturels, la chute du dollar relance le débat sur l’équilibre du système monétaire international. Sans détrôner le billet vert, l’euro gagne en attractivité auprès des investisseurs internationaux, qui cherchent à diversifier leurs portefeuilles. « Les investisseurs se diversifient et veulent réduire globalement leur exposition aux actifs américains, et donc au dollar, où il n’y a que des coups à prendre face à une gouvernance imprévisible », analyse François Dossou, directeur de la gestion actions chez Sienna IM.
Pour autant, la prudence reste de mise. François Villeroy de Galhau rappelait récemment qu’il ne fallait « pas être naïfs » en pensant que « l’euro remplacera bientôt le dollar ». Et pour Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote Bank, « la montée du populisme compromet la discipline budgétaire » et demeure même in fine un « obstacle à l’essor de l’euro », poussant les investisseurs vers des actifs tangibles comme les métaux précieux. On comprend mieux pourquoi l’or et l’argent enchaînent les records actuellement.
(avec agences)
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