La baisse du dollar s'explique par une accumulation de tensions politiques et commerciales sous l'administration Trump, couplée à des pressions sur l'indépendance de la Fed.
L'euro s'envole à 1,1939 dollar, son taux de change le plus élevé depuis juin 2021. Entre menaces protectionnistes de l'administration Trump et offensive sur le yen, le dollar subit une crise de confiance majeure qui profite aux actifs refuges.
Ce mardi 27 janvier 2026, l'euro s'échange à 1,1939 dollar, marquant une progression de 13,25 % sur un an. Ce mouvement ne traduit pas seulement la vigueur de l'économie européenne, mais surtout une défiance envers la devise américaine. Le Dollar Index, qui mesure le billet vert face à un panier de devises mondiales, a sombré à 96,218 points. C’est son niveau le plus bas observé depuis 2022.
Les investisseurs réagissent à une accumulation de tensions politiques en provenance de Washington. La politique commerciale de l'administration Trump, jugée erratique par les salles de marché, est au cœur de cette dépréciation. L'épisode récent des menaces de droits de douane de 10 % visant huit pays européens, brandies pour obtenir le Groenland avant un revirement soudain à Davos, a laissé des traces. Cette instabilité diplomatique et douanière fragilise le statut de valeur refuge du dollar.
La crédibilité de la Fed mise à rude épreuve
Le climat d'incertitude est alimenté par les assauts répétés de la Maison-Blanche contre l'indépendance de la Réserve fédérale. Donald Trump multiplie les critiques frontales contre Jerome Powell, le président de l'institution, dont le mandat arrive à échéance en mai 2026. Le président américain exige une baisse drastique des taux d'intérêt, une pression politique qui érode la confiance des marchés dans la neutralité de la politique monétaire américaine.
Cette situation place la Fed dans une position délicate alors que les opérateurs scrutent le moindre signe d'affaiblissement institutionnel. La remise en cause systématique du leadership de Jerome Powell participe activement à la fuite des capitaux vers d'autres devises plus stables ou vers des actifs tangibles.
Rick Rieder, l'homme de BlackRock vers la présidence de la Fed
Pour succéder à Powell, un nom fait désormais figure de favori : Rick Rieder. Actuel directeur des investissements en obligations chez BlackRock, il supervise une masse d'actifs vertigineuse de 2 700 milliards de dollars. Donald Trump lui-même l'a qualifié de «très impressionnant», un adoubement qui pèse lourd dans le processus de sélection. Rieder affiche un profil de praticien de la finance, loin du moule académique traditionnel des banquiers centraux.
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Ancien de Lehman Brothers et fondateur de R3 Capital Partners (racheté par BlackRock en 2009), Rick Rieder prône une orientation monétaire plus souple. Il préconise un abaissement des taux directeurs vers les 3 %, alors que la fourchette actuelle se situe entre 3,30 % et 3,75 %. Pour l'administration Trump, ce profil incarne la promesse d'une Réserve fédérale moins «technocratique» et plus en phase avec ses objectifs de croissance.
Intervention frontale sur le yen
Le marché des changes a été secoué le 24 janvier 2026 par un signal fort : la Réserve fédérale de New York a sollicité des cotations sur la paire dollar-yen auprès des grandes banques. Cette procédure, souvent le prélude à une intervention directe, indique une volonté de freiner la chute de la devise nippone ou de stabiliser les flux. La réaction a été immédiate avec une appréciation du yen de 1,6 % face au dollar, signe que les traders se positionnent massivement contre le billet vert.
Cette offensive s'inscrit dans un cadre de coopération étroite entre Washington et Tokyo. La ministre japonaise des Finances, Katayama, a confirmé suivre l'évolution des cours avec un «sentiment d'urgence». Cette action coordonnée repose sur un mémorandum signé en 2025, renforçant l'idée d'un front commun pour gérer la volatilité monétaire dans un contexte de reflux global du dollar.
Ruée vers l'or et l'argent face au risque politique
L'érosion de la confiance dans le dollar comme monnaie de réserve mondiale profite directement aux métaux précieux. L'or a franchi un palier historique, atteignant le sommet de 5 111,07 dollars l'once le lundi 26 janvier. Bien qu'il se soit légèrement stabilisé à 5 089,30 dollars le lendemain, il affiche une progression robuste de 1,61 %.
L'argent suit cette trajectoire ascendante avec une intensité encore supérieure. La valeur du métal gris a bondi de 8,29 % pour s'établir à 112,39 dollars l'once, se rapprochant de son record historique de 117,71 dollars. Ces envolées témoignent d'une stratégie de préservation du capital de la part des investisseurs, qui privilégient les actifs refuges face aux incertitudes politiques chroniques des États-Unis.