Deliveroo, Stuart... Les rémunérations des livreurs poursuivent leur chute en 2025
latribune.fr
Le britannique Deliveroo voit ainsi la rémunération horaire brute de ses livreurs reculer de 2,4 % sur un an (photo d'illustration).
TM/ - REUTERS - TOBY MELVILLE
Selon le dernier bilan de l'ARPE, le revenu horaire brut des coursiers indépendants poursuit sa baisse chez Deliveroo et Stuart. Seul Uber Eats progresse grâce à un revenu minimum, malgré une dégradation de plus de 20 % de la rémunération sur les cinq dernières années.
L'autorité française de régulation des plateformes de livraisons a constaté vendredi que le revenu horaire des livreurs indépendants était « toujours sous pression » en 2025 et en baisse sur toutes les plateformes analysées à l'exception d'Uber Eats.
Le britannique Deliveroo voit ainsi la rémunération horaire brute de ses livreurs reculer de 2,4 % sur un an pour s'établir à 25,7 euros, tandis que celle des coursiers de Stuart chute de 5 % pour atteindre 22,7 euros. Chez le livreur de repas Delicity, les revenus horaires ont reculé de 0,7 % en 2025 à 35,4 euros de l'heure, le niveau le plus élevé du panel de l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE).
Cette dernière note toutefois une inflexion de la part de la plateforme Uber Eats, qui enregistre en 2025 une hausse de 4,7 % de son revenu horaire brut en course, atteignant 21,5 euros. Il s'agit de sa première hausse de revenu horaire depuis le début des observations de l'ARPE en 2021, fruit notamment de « l'instauration en juin d'un revenu minimum par course », a affirmé à l'AFP Uber.
Allongement du temps de course
Dans son bilan annuel publié vendredi, l'ARPE indique que la tendance globale à la baisse de la rémunération horaire depuis cinq ans s'explique notamment par un allongement continu du temps de chaque course. Or, ces courses plus longues ne sont que rarement compensées par une hausse du tarif unitaire payé au livreur, explique l'établissement public.
Ce « revenu horaire brut en course », basé sur les déclarations des plateformes, correspond au rapport entre le revenu moyen gagné par prestation et la durée de celle-ci, ramené à une heure. Il ne prend pas en compte le temps d'attente entre deux commandes, ni les charges et cotisations sociales payées par ces travailleurs indépendants, ce qui surestime fortement leur revenu net réel, selon l'autorité.
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Sur l'ensemble de la période 2021-2025, la dégradation reste notable pour toutes les grandes plateformes du secteur. Le revenu horaire brut a ainsi chuté de 22,4 % pour Uber Eats, de 21,5 % pour Stuart et de 15,0 % pour Deliveroo en l'espace de cinq ans. Ces baisses s'avèrent encore plus prononcées en prenant en compte l'inflation: -31,7 % pour Uber Eats depuis 2021 et -25,2 % pour Deliveroo.
Plainte contre des plateformes
On dénombre entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs en France, selon les sources. D'après une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde (MdM) et plusieurs centres de recherche auprès d'un millier de livreurs, 98 % sont nés à l'étranger et 64 % sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros bruts mensuels, d'après cette étude.
Les plateformes de livraison sont souvent pointées du doigt. Des associations d'aide aux livreurs de repas ont d’ailleurs déposé une plainte pénale pour « traite d'êtres humains » visant Deliveroo et Uber Eats, menaçant en outre cette dernière d'une action de groupe au civil pour « discriminations », a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat.
« Le modèle économique repose sur l'exploitation d'une main-d'œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie », affirme à l'AFP Me Thibault Laforcade, évoquant une démarche « inédite » en France.
La plainte contre le britannique Deliveroo et le géant américain Uber, déposée mercredi auprès de la procureure de la République de Paris et révélée par Le Parisien, est portée par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations d'aide aux livreurs AMAL et Ciel.
Des témoignages collectés partout en France « nous permettent d'affirmer que les plateformes font des bénéfices très importants en exploitant la vulnérabilité de ces travailleurs », accuse Jonathan L'Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs à Bordeaux.
Uber Eats assure dans un communiqué que cette « plainte, que nous apprenons par voie de presse, ne repose sur aucun fondement ». Deliveroo dit contester « vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées » et « rejette fermement toute assimilation de son modèle à une situation d'exploitation ou de traite des êtres humains ».