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Économie

Salaires, emploi, logement : le Haut-commissariat au Plan nuance le sentiment de déclassement des jeunes

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 21 octobre 2025 à 09:19

Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan s'est intéressé à la situation des jeunes d’aujourd’hui comparé à celle de leurs ainés.

Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan s'est intéressé à la situation des jeunes d’aujourd’hui comparé à celle de leurs ainés.

© StartupStockPhotos, Pixabay

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Plus diplômés, mieux payés et bénéficiant de semaines de travail plus courtes qu’il y a cinquante ans, les jeunes d’aujourd’hui disposent aussi de plus de temps libre. Mais leurs emplois sont plus précaires et l’accès au logement s’est considérablement durci, selon une étude du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.

Un jeune de 30 ans vit-il vraiment moins bien aujourd’hui qu’un jeune du même âge en 1975 ? C’est le sentiment de nombre de Français, une grande majorité (73 %) vivant dans la nostalgie d’un « passé perçu comme meilleur », selon l’enquête « Fractures françaises » réalisée en décembre 2024 par Ipsos. Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, organisme chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective pour le compte de l’État, apporte des éclairages sur ce débat dans une note publiée ce mardi.

Ses auteurs, qui rappellent que « la notion de bien vivre est subjective », se sont pour cela appuyés sur des données « couvrant les grands domaines du niveau et de la qualité de vie ». Parmi lesquels les diplômes, l’emploi, les revenus, le logement ou encore le temps libre. Objectif : comparer « les situations de la jeunesse à cinquante ans d’intervalle afin de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, sans céder à la nostalgie ni au catastrophisme », exposent-ils.

Des jeunes plus diplômés en 2025

La comparaison commence par les études. Et un constat évident : poursuivre des études supérieures après le baccalauréat est davantage la norme aujourd’hui qu’il y a cinq décennies. Ainsi, en 2023, plus d’un jeune sur deux de 25 à 34 ans est diplômé de l’enseignement supérieur, contre un sur cinq en 1975, d’après le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan. Autrement dit : la jeunesse actuelle est bien plus formée que celle d’avant.

Pour autant, cela n’est pas synonyme d’une insertion professionnelle facilitée. Au contraire, celle-ci s’est « fragilisée au fil des décennies », indiquent les auteurs de la note. Preuve à l’appui : 35 % des jeunes de moins de 25 ans sont en emploi en 2025 et, parmi eux, seuls 43 % occupent un emploi stable (CDI ou poste de fonctionnaire). En 1982, ils étaient 45 % en emploi, dont 75 % de façon pérenne. « Les générations des années 1970 ont bénéficié d’un contexte économique favorable, caractérisé par une forte croissance économique et un taux de chômage très faible », peut-on lire. Alors que « l’entrée dans la vie active des générations actuelles est marquée par des transitions plus fréquentes entre contrats courts (CDD, intérim) et chômage ». Le chômage des jeunes (15-24 ans) est toutefois à l’un de ses plus bas niveaux depuis 1982 (17 % en 2023).

En plus d’avoir plus de mal à trouver du travail qu’avant, les jeunes d’aujourd’hui font face à davantage de difficultés pour décrocher un poste en adéquation avec leurs compétences. « L’élévation du niveau de diplôme et de la qualification a été plus rapide que l’évolution de la structure des emplois, entraînant de facto un décalage entre niveau de diplôme et niveau d’emploi », indiquent les auteurs. Si bien que les jeunes d’aujourd’hui, plus diplômés qu’avant, n’exercent finalement pas toujours un emploi correspondant à leur niveau d’études.

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Salaire plus élevé

Qui dit emploi, dit salaire. « Les jeunes de la génération actuelle sont-ils (dés) avantagés sur le plan salarial par rapport aux générations précédentes ? Par rapport au reste de la population ? », s’interrogent les auteurs de la note. La réponse à la première question se révèle négative. Comparé à cinquante ans en arrière, il ressort en effet qu’un jeune d’aujourd’hui gagne davantage qu’avant en premier emploi. De l’ordre de 11 % à 13 % de plus en salaire net annuel, sur ses dix premières années de carrière.

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Concernant la deuxième question, les jeunes des années actuelles s’avèrent moins bien lotis. « En 2019, le revenu moyen des 30-34 ans net des prélèvements obligatoires était inférieur de 13 % à celui des 50-54 ans. En 1979 au contraire, il y était supérieur de 9 % », indique le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan. Cela s’explique en partie par une augmentation de la part des revenus des 30-34 ans fléchée vers le financement de la protection sociale (passée de 32 % en 1979 à 38 % en 2019), pour compenser notamment la hausse du nombre de personnes âgées.

Des conditions de travail bien différentes

Une chose est certaine : les conditions de travail ont changé. En bien ou en mal ? Tout dépend ce que l’on compare. Concernant la durée effective de travail, elle a reculé d’environ 17 % en moyenne depuis 1975 pour s’établir à 1 592 heures en 2024. Soit environ 350 heures de moins sur une année, ce qui représente quelque 29 heures par mois. Ce, grâce à des évolutions législatives comme l’instauration de la cinquième semaine de congés payés en 1982, en même temps que le passage du temps complet de 40 à 39 heures hebdomadaires, un temps qui sera encore réduit par la suite à 35 heures en 1998.

En plus de travailler moins à l’échelle d’une année, les jeunes d’aujourd’hui travailleront aussi moins à l’échelle de leur carrière que ceux des années 1970. La note du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan chiffre à 61 500 le nombre d’heures à effectuer pour obtenir une retraite à taux plein pour la génération de 1995, contre 73 000 pour ceux nés au début des années 1940 et 69 000 pour ceux nés à partir de la fin des années 1970.

Moins d’heures ne signifient toutefois pas moins de charge de travail. « En trente-cinq ans, la part des jeunes salariés de 25 à 29 ans qui déclarent un rythme de travail imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate a presque doublé (55 % en 2019 contre 28 % en 1984) », souligne les auteurs du rapport. Si bien que si « le sentiment de pénibilité physique au travail a peu évolué entre les générations, celui d’une pression au travail s’est accru ». Les jeunes déplorent plus de contrôle hiérarchique et plus de pression aujourd’hui qu’avant, couplé à un manque de reconnaissance.

Le logement, point de crispation des jeunes d’aujourd’hui

En matière de logement, les jeunes actuels rencontrent des difficultés d’accès que leurs prédécesseurs des années 1970 n’ont pas connu. « L’effort financier pour accéder à la propriété s’est considérablement accru au fil des années, reconnaît le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan. Pour acquérir le même logement, avec le même taux d’effort initial et le même apport personnel, il faudrait compter théoriquement vingt-trois ans de remboursement en 2025 contre une dizaine d’années seulement en 1975 ».

Autre chiffre éloquent : la durée moyenne des emprunts immobiliers est passée de 14 ans en 1975 à 23 ans en 2025.

Et ce n’est pas mieux pour les locataires. Si l’indice des loyers s’avère inférieur aujourd’hui comparé à cinquante ans en arrière, les loyers réellement payés ont augmenté. Ce, en raison de l’amélioration du confort des logements, ce qui n’est pas plus mal, mais aussi de la concentration des habitations dans certaines zones, qui fait grimper les prix. Si bien que le poids du loyer, et plus globalement des dépenses liées au logement, s’est accru par rapport au milieu des années 1970. Et les jeunes n’échappent pas à la règle.

Moins de contraintes, plus de loisirs

Reste que le « bien vivre » ne se mesure par seulement avec des questions financières ou d’emploi. C’est pourquoi le Haut-Commissariat s’est aussi intéressé à des indicateurs décorrélés du travail. Il ressort ainsi qu’entre 1974 et 2010, les Français ont augmenté leur temps consacré aux loisirs. Celui-ci est passé de quatre heures quotidiennes à plus de cinq quand, dans le même temps, le temps consacré aux activités professionnelles et domestiques a baissé (d’environ huit heures par jour à 6 h 30). Cela « confirme l’importance croissante accordée aux loisirs, et, plus largement, l’aspiration à un épanouissement personnel en dehors de la sphère professionnelle », relève le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan.

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Les jeunes passent plus de temps qu’avant à faire du sport, mais moins à lire. Ils sont aussi davantage sur les écrans, ces derniers ayant pris de plus en plus de place dans les foyers. Trop de temps ? À chacun d’en juger, comme pour le reste finalement. « Il existe bel et bien un déclassement de la jeunesse sur certaines dimensions… Sur d’autres, la situation est plus ambiguë », résument les auteurs de la note.

Agathe Perrier

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