Sébastien Lecornu, commandant en chef du 49.3

L'option choisie par Sébastien Lecornu est autant un signal politique qu'une décision technique.
Magali Cohen / Hans Lucas via Reuters Connect

L'option choisie par Sébastien Lecornu est autant un signal politique qu'une décision technique.
Magali Cohen / Hans Lucas via Reuters Connect
Le Parlement n’y arrive pas. Voici donc Sébastien Lecornu, alors que chaque mot et chaque geste sont désormais scrutés, à quelques mois des municipales. En prenant la parole ce vendredi soir, le Premier ministre souhaitait écrire le chapitre final du budget 2026. Il en a dressé la trame en l’état, celle d’un probable 49.3 ou d'un scénario par ordonnances, avec un « budget différent du budget initial », a-t-il indiqué. Et pour s’assurer de la manœuvre, Matignon donne des gages,
Le Premier ministre a annoncé une revalorisation de 50 euros par mois de la prime d’activité pour plus de 3 millions de ménages « qui gagnent le Smic ou un peu plus que le Smic ». C’était une demande du Parti socialiste (PS). Par ailleurs, « il n’y aura aucune mesure pesant sur les allocations pour les personnes en situation de handicap ou pour les allocations sur le logement », a précisé Sébastien Lecornu.
Fruit d’un désaccord entre l’Assemblée et le Sénat, le barème de l’impôt sur le revenu (IR) sera finalement revalorisé intégralement et l’abattement de 10 % qui bénéfice aux retraités sera aussi préservé. Il devait, au départ, être transformé en un abattement forfaitaire de 2 000 euros par retraité et par an.
Du côté des entreprises, le gouvernement a fait le choix de ne pas toucher aux allègements de charges. « Parce qu’augmenter les charges, c’est augmenter le coût du travail pour les employeurs », a martelé le locataire de la rue de Varenne. Mais ce dernier n’a pas précisé si la baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), prévue dans le budget initial, serait bien effective ou non. En revanche, l’apprentissage des jeunes continuera à être soutenu par l’Etat, et « en particulier ceux qui travaillent dans les PME », a précisé le Premier ministre.
De manière générale, Sébastien Lecornu a promis qu’il n’y aurait « aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte », mais que la lutte « contre la fraude, la suroptimisation fiscale et certains abus ou détournement de la loi », resterait une priorité. La taxe holding portée par le gouvernement dans le budget initial pourrait donc être intégrée au texte final.
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Par ailleurs, le Premier ministre a annoncé d’autres mesures : pêle-mêle, la généralisation du repas à un euro pour les étudiants, la création de 2 000 postes dans l’Education nationale notamment pour accueillir « (no)s enfants en situation de handicap », 400 millions d’euros supplémentaires pour que les bailleurs sociaux « construisent plus et rénovent mieux », le maintien de MaprimeRenov’, la mise en place du statut du bailleur privé.
Du côté de l’Etat, si les ministères régaliens – notamment l’Armée – bénéficieront bien de crédits en hausse, « pour la première fois, les dépenses des ministères, en euro courant, seront inférieures à celles de l’année dernière », a annoncé le chef du gouvernement. Les collectivités territoriales quant à elles devront « participer à l’effort collectif mais dans des proportions acceptables ». Selon nos informations, l’effort devrait être de 2,3 milliards d’euros contre 4 milliards au départ.
Malgré toutes ces mesures, Sébastien Lecornu a confirmé que la France sera à 5 % de déficit en 2026. Mais, sans hausse de fiscalité, la cible interroge. Le Premier ministre imaginant même que « si la croissance est soutenue, ce sera peut-être sans doute moins ».
Le quatrième locataire de Matignon depuis la dissolution de l’Assemblée, il y a un an et demi, continue donc de faire face à une équation délicate : donner à la France un budget, tout en préservant son image de dirigeant prudent et respectueux des institutions. La formule choisie sera-t-elle gagnante, alors que chacun ressent que l’affaire budgétaire fait de plus en plus de perdants ? Sébastien Lecornu était pris entre plusieurs impératifs. D’un côté, assurer l’adoption du budget, indispensable pour financer la défense dans un contexte international tendu et soutenir des secteurs clés comme l’agriculture, dont les manifestations récentes à Paris ont rappelé la fragilité sociale du pays.
De l’autre, ménager une image politique aux côtés d’un président inaudible. Depuis sa nomination à Matignon, il se présente comme un Premier ministre « moine-soldat », conscient de sa faiblesse politique et prêt à s’effacer derrière le Parlement. Voici l’heure du retournement. Pour parer le choc, ses proches ont insisté sur le fait qu’il souhaite « préparer le terrain et l’opinion au fait que ce n’est pas la faute du Premier ministre mais du Parlement ».
La dimension politique a été également déterminante. La menace permanente de dissolution de l’Assemblée joue crescendo depuis la dissolution, de façon contre-productive. Le calendrier joue aussi. Un budget adopté avant la fin janvier réduirait les risques de censure avant les municipales de mars, un scrutin où gauche et droite ont beaucoup à perdre. L’exécutif avait même mis la pression sur les parlementaires, suggérant qu’une censure pourrait entraîner des législatives concomitantes aux municipales.
Cette prudence s’explique par les ambitions personnelles de Sébastien Lecornu. Même si aucune décision n’est officielle, certains observateurs soulignent qu’« aucun Premier ministre n’a pas pensé à l’Élysée ». La réussite de cette manœuvre budgétaire pourrait lui offrir un ballon d’oxygène et renforcer sa stature politique. Comme le rappelle un cadre LR, s’il parvient à faire passer le budget sans censure, « c’est le nirvana, il deviendra immortel, c’est comme s’il entrait à l’Académie française ».
Mais l’exécutif ne peut ignorer le climat de défiance croissant. La semaine a vu l’opposition déposer des motions de censure contre le traité UE-Mercosur, illustrant la montée des tensions parlementaires. L’option choisie par Sébastien Lecornu est donc autant un signal politique qu’une décision technique : toute décision devait apparaître découler d’un long dialogue démocratique, et non d’un passage en force.