Nuisances au travail : les travailleurs du BTP trois à dix fois plus exposés que les autres

C’est au bruit que le plus de travailleurs du BTP sont exposés (photo d'illustration).
© dimitrisvetsikas1969, Pixabay

C’est au bruit que le plus de travailleurs du BTP sont exposés (photo d'illustration).
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Bruit, poussières, polluants… Ces nuisances touchent davantage les travailleurs du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) que les autres. Ils sont en effet trois à dix fois plus nombreux à être exposés à ces risques pour leur santé que l’ensemble des travailleurs, selon une étude de Santé publique France parue ce mardi.
C’est au bruit que le plus de travailleurs du BTP sont exposés. Six sur dix (62,1 %) y sont confrontés dans leur quotidien au travail, contre deux sur dix (20,5 %) dans la population générale des actifs. Or, il est reconnu que le bruit peut causer des gênes auditives, de la fatigue cognitive, du stress ou encore des troubles cardiovasculaires et du sommeil. Il nuit également à la qualité du travail et peut être à l’origine d’accidents.

Outre le bruit, les travailleurs du BTP sont aussi bien plus nombreux que les autres à être exposés à des poussières. Près de quatre sur dix (39 %) le sont aux poussières de silice, soit un niveau dix fois plus élevé que dans la population générale des travailleurs (3,8 %). Un grand écart que l’on retrouve aussi pour l’exposition aux poussières de bois : 8 % chez les travailleurs du BTP contre 1,2 % dans la population générale (6,5 fois plus).
Ces poussières ne sont pas sans conséquences sur la santé. Elles sont reconnues pour causer des pathologies particulières, d’après l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Les poussières de silice peuvent ainsi entraîner des cancers pulmonaires ou la silicose, une maladie des poumons, et celles de bois des cancers naso-sinusiens.
Près de trois travailleurs du BTP sur dix (29,7 %) sont en outre plus exposés aux laines minérales, potentiellement cancérogènes, huit fois plus que la population générale des travailleurs (3,6 %). Idem, bien que dans une moindre mesure, concernant l’exposition aux carburants et solvants pétroliers (près de 13 % dans le BTP contre quelque 4 % dans la population générale des actifs).
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En revanche, les travailleurs du BTP sont moins exposés que les autres au travail de nuit (9,3 % contre 16,5 %), relève Santé publique France. Et donc à ses conséquences : la désynchronisation de l’horloge circadienne provoquée par des horaires décalés, associée au manque de sommeil, aurait des effets sur la santé psychique, les performances cognitives, la prise de poids et l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies coronariennes, selon l’INRS.
Pourquoi parle-t-on de travailleurs et pas de salariés ?
L’étude de Santé publique France porte sur l’ensemble des travailleurs du BTP, qui emploie environ 1,5 million de personnes. Outre les salariés des entreprises, cela inclut les intérimaires et les non-salariés (artisans et micro-entrepreneurs), qui y sont nombreux. Les non-salariés représentent ainsi 23 % des personnes en emploi dans le secteur, contre 9 % de la main-d'œuvre des autres secteurs non agricoles.
Santé publique France tire la sonnette d’alarme à la suite des résultats de son étude. Pour l’agence sanitaire, les expositions au bruit et aux poussières de silice « restent particulièrement préoccupantes ». Les travailleurs du BTP constituent à ses yeux « une population particulièrement à surveiller, compte tenu de la variété des risques professionnels rencontrés dans ce secteur et pour laquelle la prévention est primordiale ».
D’autant plus que le secteur est déjà connu pour présenter un risque d'accidents et de maladies professionnelles « élevé ». En 2024, 72 600 accidents du travail, 146 décès et 7 200 maladies professionnelles y ont été recensés Le BTP a ainsi concentré à lui seul, entre 2019 et 2022, environ 15 % des accidents avec arrêt de travail et 20 % des décès lors d'accidents du travail.
L’agence sanitaire appelle donc à cibler les actions de santé au travail sur les catégories socio-professionnelles les plus exposées (artisans, ouvriers qualifiés et non qualifiés). Mais aussi à orienter la recherche future sur les 79 000 intérimaires du BTP notamment, « peu étudiés malgré leur nombre ».