Près de trois mois après les violents incendies qui ont ravagé les Corbières dans l’Aude à l’été 2025, le monde économique guette les éventuelles retombées négatives de la catastrophe (photo : Tournissan, à peine 300 habitants).
La pluie a encore du mal à faire reverdir les collines calcinées par les incendies qui ont ravagé l’Aude cet été mais les mois qui viennent seront décisifs pour l’économie du territoire blessé. Parce qu’il faudra payer le prix du battage médiatique autour des incendies.
« Durant l’été, nous avons enregistré assez peu d’annulations de réservations, les gens sont quand même venus mais c’est maintenant, sur l’arrière-saison et les mois de septembre, d’octobre et les vacances de la Toussaint, que nous commençons de ressentir les effets des incendies sur les réservations », explique Stéphanie Nedelec, directrice de la coopérative Sud France qui gère les réservations des Gîtes de France dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, l’Hérault et le Tarn.
Près de trois mois après les violents incendies qui ont ravagé les Corbières, dans l’Aude, à l’été 2025, les professionnels du tourisme affrontent l’après avec une certaine appréhension. Par chance, peut-être, ce n’est pas une situation nouvelle que le réseau doit affronter : « Nous avons déjà eu à gérer ce genre de communication négative avec la sécheresse de 2023 dans les Pyrénées-Orientales. Il nous aura fallu attendre cette année 2025, donc deux ans, pour retrouver un niveau de fréquentation acceptable avec une progression des réservations de 22 %, après deux années de fort repli ».
Vivement 2026
Rien n’est encore arrêté aux Gîtes de France, mais une communication spéciale sera mise en place pour l’Aude, précise encore Stéphanie Nedelec : « Nous avons déjà dirigé des budgets vers des actions de référencement et de communication digitale, et nous allons vraisemblablement communiquer plus sur les villes du département et ce qu’elles ont à offrir, et moins appuyer sur la destination, sur le terme Aude peut-être. Parce que si certains paysages ont été abîmés, la zone est relativement circonscrite et cela ne concerne pas tout le département ».
À L’hostellerie des Corbières, coquet établissement gastronomique de Lagrasse, en bordure de l’incendie de Ribeaute, la gérante Alexandra Oracz et son mari Julien, en cuisine, attendent la saison 2026 avec impatience.
« Pour nous, le mois d’août a été catastrophique, l’arrière-saison est moins bonne que l’an passé, mais est-ce dû aux incendies ou au contexte économique général, je ne saurais dire », reconnaît la gérante, qui espère aussi que d’ici 2026, « les gens auront oublié ce qui s’est passé » et que la nature aura commencé de reprendre ses droits.
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Cuvée solidaire
Dans sa mairie de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Xavier de Volontat pousse le même optimisme : « L’an prochain, ce sera tout vert et les gens ne se rappelleront plus, même si l’arrière-saison 2025 a été un peu plus difficile. Après, ça ira, avec une bonne communication, on peut espérer avoir quelque chose de presque normal dans les Corbières. Le tourisme fonctionnera, tout n’est pas perdu de ce côté-là, même si l’agriculture est encore en difficulté ».
Sur les 17 000 hectares ravagés par le feu dans les Corbières, une « zone rouge » de 1 700 hectares de vignes brûlées ou impactées par les fumées a été identifiée. À la tête de l’appellation Corbières pour quelques semaines encore, le vigneron Olivier Verdale insiste sur le périmètre de l’incendie : « On a beaucoup parlé des Corbières mais même si les incendies ont été importants, ce n’est qu’une petite fraction du territoire qui est concernée et nous avons du vin à fournir aux marchés. C’est là-dessus qu’il faudra communiquer en 2026 ! ». Associés avec lui sur son domaine, ses enfants ont même créé une cuvée spéciale et solidaire de 15 000 bouteilles, baptisée L’Ogre des Corbières, pour permettre à l’exploitation de survivre (elle n’aura pas d’autres vins à mettre en marché avant le printemps 2027) et partager avec les autres victimes de l’incendie.
Dans les paysages calcinés des collines audoises, un exode rural ou un effondrement du marché de l’immobilier est-il à craindre pour les petites communes touchées par les incendies estivaux ? À Fabrezan, Jean-François Oustric, agent immobilier, estime que les effets ne sont pas forcément encore perceptibles.
« De toute façon, le marché était quasi à l’arrêt avant les incendies sur tout le département, donc on ne voit pas forcément de grandes différences pour le moment, témoigne-t-il. Bien sûr, dans les zones parcourues par le feu, l’agent immobilier qui prendrait un mandat dans les mois qui viennent serait un idiot… De toute façon, ce sont des zones de petits villages, avec à peine quelques centaines d’habitants, où il y a peu de transactions. »
L’agent immobilier ne constate pas non plus de fuite massive dans sa clientèle, à 80 % étrangère. Les paysages noircis ne risquent-ils pas toutefois de décourager de futurs clients dans les mois qui viennent ? Jean-François Oustric se veut plutôt optimiste : « Il y aura forcément des révisions de prix sur les ventes ou les loyers mais dans quelques mois, il aura plu, dans une partie des zones brûlées, la moitié des arbres sera repartie, et ce sera différent ».
Mais une analyse commune rassemblent les acteurs économiques du territoire audois : tous expliquent que la clé de la vitalité économique du secteur repose en grande partie sur le maintien de la viticulture, qui n’a pas que les conséquences de l’incendie à gérer.